Stevenson plongé dans un coma : faites attention à ce que vous souhaitez! | Ben Ménard

« Be carefull what you wish for ».

Cette phrase me résonne dans la tête depuis quelques jours déjà et je n’arrive pas à me séparer de ce sentiment de culpabilité.

Oui, je suis coupable.

Cela faisait presque cinq ans que je rêvais de voir Stevenson perdre sa ceinture.  Non, c’était un sentiment plus intense encore qui m’habitait : je voulais le voir pris dans les câbles, épuisé, tuméfié, complètement débordé, puis le voir finalement tomber au tapis sous une pluie de coups d’un adversaire puissant.

Je l’avoue, samedi soir dernier, quand Stevenson est tombé, je hurlais de joie.  L’ancien champion avait épuisé les nerfs de trop d’amateurs de boxe pour encore espérer être le favori des foules : il se battait le moins souvent possible, il évitait les aspirants obligatoires, il refusait les invitations de combats plus dangereux, donc plus excitants (Kovalev, Pascal et Alvarez, pour ne nommer que ceux-là).  Il avait pleinement mérité ses sobriquets de « Champion de papier » et de « Adonis Chickenson ».  Samedi soir dernier, j’étais donc euphorique de le voir se faire assommer.  Et je n’étais certainement pas le seul :

      

Puis le lendemain au réveil, les nouvelles de son état grave me sont parvenues.  Et si…  Et si ce qui arrive à Stevenson était le résultat de tous ces gens qui ont souhaité collectivement de voir l’ancien champion se faire passer un K-O retentissant?

Non, quand même, je ne suis pas si crédule…

N’empêche que plusieurs se retrouvent maintenant devant un triste dilemme : doit-on se réjouir ou non de ce qui arrive à Stevenson?

Je spécifie « triste », parce qu’il est selon moi impossible de se ranger derrière l’un ou l’autre des deux extrêmes : il est absolument immoral de souhaiter la mort d’un sportif, peu importe à quel point on le déteste, mais je trouve tout aussi répugnante l’idée d’oublier tout le passé de Stevenson.

Certains plaideront que Stevenson a payé sa dette à la société, qu’il avait droit à un nouveau départ.  A-t-il payé sa dette envers les victimes dont il a personnellement et éternellement hypothéqué la vie?  Après un court passage en prison, le boxeur multimillionnaire aurait-il dû se garder une petite gêne avant de tourner des vidéos le montrant à bord de voitures de luxe et aurait-il plutôt dû donner des sommes d’argent considérables aux différents organismes venant en aide aux femmes victimes de violence sexuelle? Aurait-il pu répondre plus généreusement aux questions des journalistes et témoigner de quelques remords? Ne devrait-il pas s’investir à donner des conférences auprès des jeunes pour prévenir l’enrôlement dans les gangs de rue?

Oui.  Oui à toutes ces questions.

Et pourtant, le gars ne mérite pas ce qui lui arrive.

Comme le disait si bien le poète, « ne vous rabaissez jamais au niveau de vos antagonistes ».  Peu importe tout le mal que Stevenson a pu faire subir à d’autres, nous ne pouvons pas, nous ne DEVONS pas lui souhaiter autant de souffrances.

Imaginez un instant s’il devait y rester.  Imaginez la peine et le malheur qui accableraient alors sa famille.  Imaginez si sa fille devait grandir dans la douleur et dans la peine de la perte de son père et peut-être sombrer plus tard dans l’enfer de la drogue et ultimement entre les mains d’un proxénète.

Personne ne mérite un tel sort.

Gardons espoir et souhaitons, même si les chances sont minces, que c’est un Adonis Stevenson en pleine forme qui nous reviendra. Mais également un homme changé par l’épreuve, reconnaissant de l’occasion qu’il a d’avoir une seconde… une troisième chance.

Souhaitons qu’Adonis Stevenson sera devenu un homme qui croira fermement que ce sont les pensées positives de tous ses semblables qui lui ont permis de passer à travers cette terrible épreuve.

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