Des buts en or aux impacts infinis

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Pour la première fois depuis l’introduction du hockey féminin aux Jeux d’hiver et la participation des joueurs de la LNH, aucune des deux équipes canadiennes n’a remporté la médaille d’or lors d’une édition réunissant les meilleurs talents au monde. Dans ce contexte, que faut-il réellement retenir de ces tournois de hockey appelés à laisser une empreinte durable sur le sport ?

Pour la première fois de leur histoire, les États-Unis ont réalisé un doublé historique en hockey, remportant la médaille d’or aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Les Américains ont triomphé 2 à 1 en prolongation, grâce aux « buts en or » de Megan Keller et Jack Hughes, mettant ainsi fin à des attentes respectives de huit et quarante-six ans sans médaille d’or olympique en hockey.

Au-delà du doublé américain, les amateurs canadiens quittent la 25e édition des Jeux d’hiver avec un sentiment d’amertume. Bien que les deux équipes nationales repartent avec une médaille d’argent, le résultat obtenu demeure loin des attentes.

Alors, dans un tournoi ô combien important pour l’avenir du hockey, quels sont les réels impacts de ce doublé américain ?

Bien que les tournois ne se soient pas terminés avec la médaille espérée, ils ont au moins confirmé que l’engouement pour le hockey n’a jamais été aussi grand. Les cotes d’écoute ont explosé alors que la finale masculine a attiré près de 15 millions de Canadiens, presque le double par rapport aux Jeux de 2014. Aux États‑Unis, le match a réuni plus de 26 millions de téléspectateurs, devenant le deuxième match de hockey le plus regardé de l’histoire chez nos voisins du sud. Ce constat se vérifie également du côté féminin, où les cotes d’écoute ont dépassé les cinq millions au Canada et les sept millions aux États‑Unis, établissant de nouveaux records pour la discipline.

Si la forte popularité du hockey féminin pouvait être anticipée avec la création de la LPHF, l’absence des joueurs de la LNH a eu des répercussions négatives sur le développement mondial du sport. Ces chiffres montrent que la présence des meilleurs joueurs aux Olympiques peut avoir des effets négatifs à court terme (avec les blessures), mais qu’elle génère d’excellentes retombées sur le long terme grâce à la popularité croissante du hockey et, indirectement, celle de la Ligue nationale.

Au-delà de la victoire immédiate, ces buts en or stimulent le bassin de jeunes talents aux États-Unis et incitent la fédération à renforcer ses moyens pour soutenir la relève. Il n’y a pas de secret, aux Jeux olympiques, le succès d’une nation se traduit généralement par une hausse des inscriptions dans la discipline concernée.

À titre comparatif, à la suite des Jeux de Vancouver en 2010 — édition lors de laquelle Sidney Crosby avait inscrit le célèbre but en or canadien — Hockey Canada a atteint de nouveaux sommets, dépassant pour la première fois les 600 000 inscriptions en une seule saison, en 2011-2012.

Le hockey actuel ressent encore les effets de ce moment marquant, qui a inspiré toute une génération. Cinq des six derniers premiers choix au repêchage de la LNH sont Canadiens, et d’autres pourraient s’ajouter prochainement avec Gavin McKenna, Landon Dupont ou Alexis Joseph. Au cours des six derniers repêchages, à l’exception de l’édition 2022, les joueurs canadiens ont largement dominé la première ronde, raflant souvent près de la moitié, voire plus, des 32 choix disponibles.

Il ne fait donc aucun doute qu’un tel engouement peut engendrer un phénomène similaire aux États-Unis. Les Américains ont remporté deux des trois derniers Championnats mondiaux juniors chez les hommes, en plus de s’imposer dans deux des trois plus récents Championnats mondiaux féminins des moins de 18 ans, preuve de la solidité de leur système de développement. Avec l’essor de la NCAA, tant au hockey masculin que féminin, l’Oncle Sam dispose désormais de plusieurs leviers lui permettant de dominer le développement de la prochaine génération.

Des changements s’imposent

À la lumière de ces informations, il devient clair que la structure de développement canadienne doit évoluer afin de suivre le rythme international. Le développement du hockey féminin est probablement celui qui présente actuellement le plus de lacunes. En l’absence d’un véritable réseau structuré, plusieurs des meilleures joueuses quittent le pays dès l’âge de 18 ou 19 ans pour rejoindre la NCAA.

Cette réalité se reflète directement au sein de l’équipe nationale, où le manque de relève devient apparent. Les Canadiennes affichaient un âge moyen avoisinant les 30 ans (le plus élevé du tournoi) comparativement aux Américaines, dont la moyenne tournait autour de 26 ans. Cet écart générationnel s’est traduit par une différence de rythme observable lors du premier affrontement entre les deux formations. Bien que le Canada ait été à deux minutes de remporter les grands honneurs, il apparaissait clair que les Américaines possédaient une formation plus dynamique.

Il est peut-être temps de repenser nos stratégies internes et d’investir dans un véritable réseau universitaire féminin à la hauteur du talent canadien. En renforçant ce circuit, davantage de joueuses pourraient poursuivre leur développement au pays et accéder progressivement aux niveaux supérieurs. Il devient également essentiel d’intégrer plus rapidement la nouvelle génération aux équipes nationales afin d’assurer une transmission efficace de l’expérience accumulée par les vétéranes.

Ce constat s’applique aussi au hockey masculin. Bien qu’à mon avis les représentants canadiens disposaient de la meilleure équipe sur la glace le 22 février dernier, il devient nécessaire de revoir certaines priorités. À mon avis, Hockey Canada gagnerait à retarder la spécialisation précoce. Dès les catégories novices (M9), les joueurs sont déjà étiquetés selon leur niveau, une classification qui les suit souvent tout au long de leur parcours.

Un modèle axé sur le développement à long terme permettrait à davantage de jeunes de rester dans le sport et de progresser à leur rythme. Un bassin plus large de joueurs à 16 ans assure une meilleure répartition du talent à l’échelle nationale. Enfin, les championnats mondiaux pourraient devenir de véritables outils de développement. Inviter davantage de jeunes joueurs à vivre une première expérience professionnelle avec Hockey Canada faciliterait leur transition vers l’équipe olympique masculine.

Enfin, ces résultats rappellent que la domination en hockey n’est jamais acquise et que le succès international repose désormais sur des systèmes de développement capables d’évoluer au même rythme que le sport lui-même. Loin d’annoncer un déclin imminent, cette double médaille d’argent pourrait plutôt agir comme l’électrochoc nécessaire. Car au fond, ces buts en or auront véritablement des impacts infinis. Reste maintenant à savoir quelle nation saura réellement transformer ces impacts en or.

Crédit image: Sarah Stier, Getty Images

Written by Raphaël Bédard
Raphaël Bédard est étudiant en communication à l’Université Laval depuis 2025. Passionné de sports et de journalisme, il enrichit son expérience sur les ondes de CHYZ 94,3, où il participe à la production et à l’animation de contenus radiophoniques. Fort d’un intérêt marqué pour le hockey et les grands événements sportifs, Raphaël combine rigueur académique et pratique médiatique afin de se préparer à une carrière dans le journalisme sportif.

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