Les Canadiennes vraiment négligées aux JO 2026 ?

Milan-Cortina — Pour la première fois depuis son intégration au programme olympique en 1998, le hockey féminin arrive aux Jeux d’hiver dans un contexte profondément transformé. Portée par l’émergence d’une première ligue professionnelle structurée, la discipline connaît un essor sans précédent. À l’aube du tournoi olympique, découvrez les forces et les faiblesses des grandes nations du hockey féminin.

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17 février 2022. Porté par l’une des plus grandes équipes canadiennes de l’histoire, le Canada remporte une cinquième médaille d’or olympique en hockey féminin. Au terme d’un tournoi marquant, la discipline franchit un nouveau cap en matière de visibilité, et s’impose plus que jamais dans le paysage mondial du hockey.

Figure centrale de ce succès, la Beauceronne Marie-Philip Poulin, accompagnée de plusieurs joueuses de l’élite mondiale, deviennent rapidement le visage d’un mouvement réclamant la création d’une véritable ligue professionnelle de hockey féminin. Deux ans plus tard, cette mobilisation mène à la naissance de la LPHF, dont la popularité ne cesse de croître semaine après semaine. Aujourd’hui, le tournoi olympique se déroule en plein cœur d’une saison professionnelle, alors que les meilleures joueuses du monde évoluent désormais aux quatre coins de l’Amérique du Nord.

Un favori fragilisé

Dans le passé, les représentantes canadiennes avaient pour habitude de se rapporter au camp de sélection d’Hockey Canada. Basé à Calgary, le programme connu sous le nom de « centralisation » visait à regrouper les meilleures joueuses du pays dans un environnement d’entraînement à temps plein afin de préparer les grandes compétitions internationales.

L’arrivée de la LPHF a toutefois mis fin à ce programme, redéfinissant le processus d’évaluation et offrant désormais une vitrine plus équitable à l’ensemble des joueuses du pays.

Malgré une fiche impressionnante (une médaille d’or aux Jeux de 2022 et trois titres lors des cinq derniers championnats du monde), les performances récentes de l’équipe canadienne laissent aujourd’hui le pays dans une position inhabituelle à l’approche du tournoi olympique. Le Canada traverse présentement une séquence de six défaites consécutives face aux États-Unis.

Dans ce contexte, Équipe Canada a choisi la continuité plutôt que le renouveau en vue des Jeux de 2026. Seulement sept changements ont été apportés à la formation comparativement à celle des Jeux de 2022. Bien qu’un virage jeunesse ait été amorcé lors de la plus récente série de la rivalité, la formation olympique est composée exclusivement de joueuses évoluant dans la LPHF.

Sur papier, l’attaque demeure l’une des grandes forces de l’équipe. La formation canadienne pourra compter sur le retour des sept meilleures pointeuses des derniers Jeux, en plus de la meilleure buteuse de la plus récente édition du championnat mondial.

C’est toutefois en défensive que les inquiétudes sont les plus marquées. Malgré la présence de joueuses expérimentées occupant des rôles clés avec leurs équipes respectives, le Canada a accordé 24 buts en quatre matchs, dont 10 lors d’un seul match, au cours de la dernière série de la rivalité.

Pour pallier ces lacunes défensives, les Canadiennes pourront compter sur la meilleure gardienne de la LPHF cette saison, la Clermontoise Ann-Renée Desbiens. Meneuse au chapitre des victoires, elle affiche un taux d’efficacité de 0,954 et une moyenne de 1,15 but alloué par match. Desbiens sera secondée par Emerance Maschmeyer, des Goldeneyes de Vancouver, qui avait déjà occupé ce rôle lors des Jeux olympiques de 2022.

L’affrontement tant attendu face aux États-Unis aura lieu le 10 février, lors du dernier match de la phase préliminaire. Logiquement, la première place du groupe A sera alors en jeu.

 Les Américaines, nouvelles favorites ?

Du côté américain, l’approche est radicalement différente à l’aube des Jeux de Milan-Cortina. L’équipe a amorcé avec succès un important virage jeunesse, alors que seulement 11 joueuses de la formation olympique de 2022 devraient être de retour en 2026.

Si la LPHF a également influencé la sélection américaine, les États-Unis continuent de miser fortement sur leur bassin universitaire, avec sept joueuses issues du circuit NCAA. À cela s’ajoute l’expérience de 21 joueuses sacrées championnes du monde en 2025, lors de la plus récente édition du Championnat mondial.

Bien que le Canada est légèrement plus expérimenté sur la scène olympique, les Américaines compensent par une expérience professionnelle déjà bien ancrée. Six joueuses de la formation ont remporté la prestigieuse Coupe Walter, dont cinq à deux reprises.

Comme leurs grandes rivales, les États-Unis présentent une attaque redoutable. Le mélange entre jeunesse et expérience devrait se traduire par une offensive rapide, créative et difficile à contenir. La profondeur est impressionnante, d’autant plus que les quatre meilleures pointeuses de la LPHF évoluent présentement sous les couleurs américaines.

C’est toutefois en défense que les États-Unis se démarquent le plus nettement. Meilleure brigade défensive lors du dernier championnat mondial, l’équipe américaine a accordé moins d’un but par match durant le tournoi, dont seulement quatre aux Canadiennes en deux rencontres.

Menée par Lee Stecklein, Megan Keller, Cayla Barnes, ainsi que Caroline Harvey, élue meilleure défenseuse du Championnat mondial 2025, l’unité défensive américaine offre un équilibre remarquable entre mobilité, jeu physique et relance offensive.

Devant le filet, Aerin Frankel, des Fleet de Boston, devrait assumer l’essentiel de la charge de travail. Bien qu’il s’agisse de ses premiers Jeux olympiques, la gardienne américaine était la partante lors des trois derniers championnats du monde.

S’il est difficile d’identifier une faiblesse évidente chez les Américaines, un élément demeure à surveiller. Plusieurs joueuses vivront leurs premiers Jeux olympiques, sans jamais avoir été exposées à la pression unique d’un match pour la médaille d’or.

La course au bronze

Si les Canadiennes et les Américaines abordent le tournoi olympique comme grandes favorites, avec une longueur d’avance encore significative sur les huit autres nations présentes, l’écart tend néanmoins à se réduire. La création de la LPHF a déjà un impact concret sur l’équilibre des forces, en offrant aux meilleures joueuses internationales un environnement professionnel comparable à leurs homologues nord-américaines.

Bien que seulement 13 % des joueuses de la LPHF ne soient pas issues du Canada ou des États-Unis, la vitrine olympique représente une occasion unique pour les représentantes des autres pays de se faire valoir auprès des formations de la ligue. Cet enjeu est d’autant plus important à l’aube d’une seconde phase d’expansion, qui pourrait voir le nombre d’équipes augmenter de manière significative dans un avenir rapproché.

Sur le plan sportif, la Tchéquie, la Suisse et la Finlande apparaissent comme les principales candidates à une place sur la troisième marche du podium. La Tchéquie pourra compter sur Kristýna Kaltounková, premier choix au plus récent repêchage et actuelle meilleure marqueuse de la LPHF. Du côté suisse, l’attaque reposera largement sur Alina Müller, tandis que la Finlande misera sur l’expérience de la vétérane Susanna Tapani.

Pour les amateurs de hockey féminin, ce tournoi olympique offrira l’une des meilleures occasions à ce jour d’observer les effets concrets de la professionnalisation sur la réduction des écarts entre les nations. Contrairement aux Jeux de 2022, on ne s’attend pas à des pointages aussi dominants, non pas en raison d’un manque de talent chez les puissances établies, mais bien grâce à une amélioration générale du niveau de jeu à l’échelle internationale.

À plus long terme, l’ajout du Championnat européen de hockey féminin en 2027 pourrait accélérer ce rééquilibrage. D’ici les Jeux de 2034, plusieurs sélections nationales devraient être en mesure de réduire davantage l’écart avec le Canada et les États-Unis.

Enfin, bien que les Jeux olympiques s’ouvrent officiellement le 6 février, le tournoi de hockey féminin commencera la veille, avec quatre matchs au programme. La finale est prévue le 19 février, à 13 h 10 (HE).

Written by Raphaël Bédard
Raphaël Bédard est étudiant en communication à l’Université Laval depuis 2025. Passionné de sports et de journalisme, il enrichit son expérience sur les ondes de CHYZ 94,3, où il participe à la production et à l’animation de contenus radiophoniques. Fort d’un intérêt marqué pour le hockey et les grands événements sportifs, Raphaël combine rigueur académique et pratique médiatique afin de se préparer à une carrière dans le journalisme sportif.

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