Pot-pourri sur les Canadiennes | Charles Bussières-Hamel

En ce mardi soir de la fin janvier, les Canadiennes de Montréal complétait leur série de trois matchs contre le Vanke Rays. Les nombreux partisans présents à l’aréna Michel-Normandin étaient en droit de s’attendre à une meilleure performance des visiteuses qui avaient été déclassées 7-3 et 14-0 au cours de la fin de semaine.

Faisant face à une décision difficile, l’entraîneur des Rays Rob Morgan a opté pour ramener sa gardienne numéro un devant les filets. Elaine Chuli a connu un match difficile samedi et fut retiré du match. Sa remplaçante, Tianyi Zhang, n’a guère fait mieux dimanche accordant douze buts mais selon l’entraîneur, c’était nécessaire : « C’est difficile, on doit placer une jeune gardienne chinoise dans une situation qu’elle n’est pas prête à affronter. Il fallait donner deux jours de congé à Elaine, elle est pas mal amochée. »

Ce qu’il faut comprendre c’est que les chinoises n’ont pas beaucoup d’expérience dans un calibre de jeu aussi relevé que dans la Ligue Canadienne de Hockey Féminin. Zhang a fait du mieux qu’elle a pu mais en fin de compte, elle en a « pris une » pour l’équipe.

Du côté des Canadiennes, Dany Brunet a évidemment fait confiance à Emerance Maschmeyer. Cette dernière connaît une saison exceptionnelle avec treize victoires en quinze départs, une moyenne de buts alloués à 1,73 et une efficacité à ,925.

Pour un deuxième match consécutif la défenseure Cassandra Poudrier était absente, blessée au haut du corps. Catherine Herron, qui a fait une mauvaise chute durant la période d’échauffement, semblait ennuyée par un malaise à une jambe a dû céder sa place à Marie-Soleil Deschênes comme gardienne auxiliaire.

Les Rays ont joué un bien meilleur match. Les joueuses ont profité d’un congé lundi pour se changer les idées. Elles ont offert une bien meilleure opposition mais visiblement les Canadiennes étaient trop fortes. Elaine Chuli a été impressionnante devant le filet des siennes en accordant seulement deux buts sur quarante lancers. Vanke a obtenu quelques bonnes chances de marquer mais Maschmeyer a encore démontré qu’elle doit être considérée comme l’une des meilleures gardiennes de la ligue en effectuant plusieurs arrêts spectaculaire. La gardienne a récolté sa quatorzième victoire et son quatrième blanchissage de la saison, le deuxième consécutif.

Mardi soir, Elaine Chuli a connu une performance à la hauteur de son talent. Elle a cédé à 2 reprises sur 40 lancers.

La première période fut jouée en deux temps, le Vanke Rays est sorti des blocs en début de match pratiquant un style de jeu beaucoup plus intense. La pression exercée sur les joueuses des Canadiennes ont semblé les déstabiliser. Les Rays ont lancé à plusieurs reprises dans les premières minutes mais fidèle à ses habitudes, Maschmeyer fut intraitable. En milieu de période, les Rays ont vu un cinq contre trois d’une cinquantaine de secondes complètement neutralisé par les Canadiennes. Le momentum a tourné par la suite. Elaine Chuli a eu à signaler à dix reprises en première dont lors d’une échappé d’Ann-Sophie Bettez. Le pointage indiquait 0-0 après vingt minutes.

À la reprise des hostilités, les Canadiennes ont poursuivi leurs attaques répétées. Il aura fallu un tir de la pointe de Erin Ambrose dévié par Emmanuelle Blais pour tromper la vigilance de Chuli. Pour un troisième match consécutif, Blais marquait un but qui changeait l’allure de la rencontre. Cette dernière refusait de prendre le crédit, le dirigeant vers sa coéquipière : « Ambrose tire tellement bien. Quand tu vas devant le filet, c’est facile, tu mets ton bâton là et la rondelle y touche! » Caroline Ouellette récoltait une troisième mention d’aide en trois matchs.

En début de troisième, Emma Woods écope d’une mauvaise pénalité. Visiblement à bout de souffle, elle a retenu une adversaire. Les Canadiennes en ont profité pour inscrire le but d’assurance. Noémie Marin réussissait son treizième but de la saison en déviant un lancer de Cathy Chartrand. Utilisée à la pointe, Caroline Ouellette ajoutait une deuxième mention d’aide dans le match. 

Grâce à cette dix-septième victoire par la marque de 2 à 0, les Canadiennes ont pris l’exclusivité du premier rang de la LCHF. On a démontré que l’on est capable de bien performer et de gagner les matchs serrés. Il s’agit d’une bonne préparation en vue des séries. Dany Brunet a répété plusieurs fois qu’il avait appris de la défaite en finale il y a deux ans, l’équipe n’ayant pas vraiment fait face à l’adversité avant le match ultime. C’est important de développer de la constance dans l’effort, l’éthique de travail et une discipline irréprochable.

Retour à la maison pour Vanke

Les Rays concluaient un voyage difficile au Canada où elles ont connu la victoire une seule fois, en fusillade, contre Markham au début du mois de janvier.

Après avoir été humilié deux fois, Vanke souhaitait rebondir, jouer avec fierté et offrir une bonne performance. « Bien sûr que l’on veut gagner, on vise la coupe Clarkson sans aucun doute. Les défaites de la fin de semaine, on va passer l’éponge dessus » commentait l’entraîneur Rob Morgan au terme du match de mardi.

Bien que les joueuses des Rays ne sont pas parvenues à trouver le fond du filet, elles ont joué un bien meilleur match. L’équipe n’est peut-être pas encore au niveau des meilleures de la ligue mais au moins elle ressemblait à un groupe en mesure de compétitionner et de remporter des matchs. Pour l’entraîneur, c’est important pour les chinoises de rebondir car cela leur apprend à vivre avec la déception et les moments difficiles.

Morgan mentionne que la principale lacune de son équipe est la profondeur, plusieurs des joueuses chinoises n’ont que 19 ans. Elles possèdent de bonnes habiletés mais il y a du travail à faire :  « Elles s’améliorent mais elles ont besoin de temps, elles sont à trois ans d’être performantes. »

Dès la sirène signifiant la fin des hostilités, on embarquait dans l’autobus en direction de l’aéroport Trudeau. Rob Morgan nous expliquait qu’ils arriveraient à Shenzen jeudi et qu’ils tiendraient un entraînement léger vendredi pour se dégourdir les jambes. Vanke doit affronter l’Inferno de Calgary samedi. L’entraîneur admettait que ce ce n’est pas la situation idéale car son équipe a besoin de se regrouper et de peaufiner son jeu.

Bel accomplissement pour Peroff

Ce troisième match contre les Rays marquait une étape importante dans la carrière de Jordanna Peroff qui atteignait le plateau des cent dans la LCHF. À sa cinquième saison, dont quatre avec les Canadiennes, elle compte deux coupes Clarkson à son actif. Elle les identifie comme ses plus beaux souvenirs. La première à Toronto lors de sa saison recrue était inattendue, le Furies étant loin d’être favori à ce moment. La deuxième, en 2017, avec Montréal car on venait racheter l’échec de la saison précédente.

Jordanna Peroff jouait son 100e match dans la LCHF mardi dernier.

Pensait-elle atteindre ce plateau? « Honnêtement non, je pensais peut-être joué quelques saisons dans la LCHF et ensuite passer à autre chose comme ma carrière professionnelle. » Elle affirme avoir réussi à trouver un bon équilibre entre sa vie professionnelle et le hockey. Il est important de noter que les joueuses de la ligue canadienne doivent concilier un emploi à temps plein et leur passion qu’est le hockey. Elle ne semble pas envisager la retraite : « Je ne me vois pas arrêter bientôt mais le jour viendra. »

Le hockey l’a amené à vivre plusieurs belles expériences : « La majorité des voyages que j’ai fait l’ont été grâce au hockey. Je n’aurais jamais vraiment eu la chance d’aller en Chine si ce n’était pas de cette ligue. » Après la conquête de la Coupe Clarkson 2014 avec Toronto, Peroff souhaitait vivre à l’étranger et elle a obtenu un contrat pour disputer une saison en Italie. Trouvant le calibre un peu faible, elle est revenue et s’est taillée une place avec les Canadiennes.

Retour réussi pour Ouellette

La visite du Vanke Rays correspondait aussi avec le retour de Caroline Ouellette dans l’alignement des Canadiennes. Cette dernière effectuait un retour au jeu 83 jours après avoir donné naissance à son premier enfant. Sa dernière présence sur la glace remontait au match de la Coupe Clarkson en mars 2017. Ce fait d’arme demeure un peu surréaliste selon Ann-Sophie Bettez : « C’est incroyable qu’après avoir donné naissance à un enfant qu’elle soit de retour au jeu et qu’elle soit compétitive. C’est quelqu’un d’exceptionnel et son retour au jeu prouve qu’elle est capable de faire de grandes choses. »

Quand on compte quatre médailles d’or olympiques, quatre coupes Clarkson et cinq championnats du monde, on peut être qualifiée d’exceptionnelle. Même le médecin semblait ébahi de la situation à entendre Ouellette parler : « Mon médecin me disait qu’il pensait que j’aurais pu courir un marathon la semaine suivante. Vas-y, vas jouer au hockey qu’il m’a dit. »

Pourquoi un retour?

Caroline Ouellette n’a plus rien à prouver dans le monde du hockey, elle a tout gagné. Elle adore son métier d’entraîneur mais l’esprit compétitif et de camaraderie lui manquait : « J’adore cette équipe, la dg, les entraîneurs, mes amies. C’est super de faire partie de l’équipe, d’être dans le vestiaire. Je m’en ennuyais. »

Caroline Ouellette en a surpris plus d’un en récoltant 4 mentions d’aide en 3 matchs à son retour.

Quand notre partenaire de vie depuis une douzaine d’années s’appelle Julie Chu, une ex-olympienne de l’équipe américaine et ex-joueuse des Canadiennes, c’est facile d’avoir le support nécessaire. Ouellette est heureuse et savoure pleinement sa vie de mère, la seule différence avec une maman “normale” est que son passe-temps est de jouer au hockey dans un des calibres les plus élevés.

Lorsqu’elle a fait part de ses intentions de revenir au jeu à l’organisation, les matchs de la fin de semaine dernière représentait le scénario idéal. Après quelques entraînements et des matchs hors-concours, elle était prête à réintégrer l’alignement. Dany Brunet mentionnait qu’ils avaient établi un plan sur l’utilisation de Caroline Ouellette.

Lors de son premier match, elle prenait un tour régulier sur le troisième trio avec Emmanuelle Blais et Marion Allemoz. Ouellette a aussi fait quelques présences en désavantage numérique. Lors d’un avantage numérique alors que le pointage indiquait 7-3, on l’a envoyé pour qu’elle marque son 131e but en carrière et prendre le premier rang à ce chapitre dans l’histoire de la LCHF.

Dimanche, voyant que sa joueuse se débrouillait bien, Brunet l’a utilisé sur tous les désavantages numériques ainsi qu’à quelques occasions lorsque les Canadiennes jouaient avec l’avantage d’une joueuse. Puis mardi, on avait replacé Caroline Ouellette dans sa chaise, un tour régulier sur son trio, tous les avantages et désavantages numériques. Visiblement elle était prête!

« C’est sûr que je ne me sens pas à 100% de ce que j’étais capable d’offrir l’année dernière. » nous mentionnait un peu modestement la principale intéressée. Emmanuelle Blais n’était pas du même avis : « Ça fait dix mois qu’elle n’a pas chaussé les patins et honnêtement je ne vois pas la différence. Si vous lui demandez, elle va dire qu’elle se trouve moins rapide. »

Pour lui faciliter la tâche, on l’a jumelé à Blais car elles ont joué plusieurs années ensemble. Elles se connaissent bien et se complètent parfaitement. Pour la numéro 47, Ouellette est beaucoup plus qu’une coéquipière : « Caro c’est quelqu’un de vraiment spécial dans ma vie. Quand j’étais enfant c’était mon idole et elle a été mon entraîneure pendant deux ans à l’université. »

Pour résumer les commentaires recueillis, tous s’entendent pour dire qu’après quelques matchs, la numéro 13 retrouvera son rythme et contribuera grandement au succès des Canadiennes.  Sa présence va au-delà de sa présence sur la glace : « Elle a tellement d’expérience et de vécu, autant le staff hockey que les joueuses, on bénéficie de ça. On est mieux préparé, plus à son affaire. C’est évident qu’elle est inspirante. » résumait Dany Brunet. Déjà que les Canadiennes figurent parmi les meilleures équipes de la ligue, l’addition de Caroline Ouellette leur procure un avantage indéniable dans l’espoir de remporter une deuxième coupe Clarkson consécutive.

« Road-trip » à Boston

Les Canadiennes reprendront l’action dès samedi à Boston pour y affronter les Blades. Ces deux matchs compléteront les duels entre les deux équipes pour cette année. C’est une deuxième saison difficile pour l’équipe qui est en processus de reconstruction. Rappelons que Montréal avait remporté les deux premiers matchs (5-2 et 5-3) en levée de rideau en octobre dernier. Les Canadiennes profiteront ensuite d’une pause pendant les Olympiques.

Boston a récemment effectué un changement d’entraîneur. Casey Brugman a laissé sa place à Kacy Ambroz. Cette ex-joueuse des WhiteCaps du Minnesota de la LCHF et de la NWHL est une graduée de l’Université du Minnesota à Duluth où elle a joué quatre ans. Il s’agit de sa première expérience comme entraîneure au niveau professionnel, elle occupait les mêmes fonctions dans des programmes élites avec des adolescentes. Les Blades ont perdu leurs deux matchs contre Kunlun sous sa gouverne. Ils compléteront leur série contre le RedStar jeudi.

 

Crédit photo : Charles Bussières-Hamel / Simcoe Reformer / Eyes on the prize – Shanna Martin

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