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Il était bien difficile d’imaginer que les Canadiens de Montréal s’amélioreraient autant en si peu de temps. Dans une série si chaudement disputée, on aurait pu croire que le plus jeune club des séries éliminatoires aurait de la difficulté à trouver son élan dans les moments cruciaux. C’est pourtant tout le contraire qui s’est produit, alors que la jeunesse montréalaise a su dominer l’expérience du Lightning. Dès lors, que faut-il réellement retenir de cet exploit ?
L’éclosion d’un vrai numéro un
D’abord, il est impossible de passer sous silence la performance magistrale de Jakub Dobeš qui, sans aucun doute, mériterait le trophée Conn-Smythe à l’heure actuelle. Pour un gardien, vivre une saison marquée par un ménage à trois devant le filet est un défi colossal, surtout quand on se retrouve sous les projecteurs pour de mauvaises raisons. Jusqu’à la date limite des transactions, Dobeš était au cœur de cette lutte interne qui a inévitablement influencé ses performances. Il faut saluer sa résilience qui lui a permis de passer outre les multiples distractions entourant l’équipe.
Certes, il a peut-être coûté de précieux points au classement durant la saison régulière, mais peu d’individus auraient été capables de retrouver une telle confiance en si peu de temps. C’est un peu la même histoire qui se présentait à lui en début de série, alors qu’il était à nouveau confronté à une grande adversité. Devant composer avec l’un des grands de son époque, Andrei Vasilevskiy, il aurait été facile de prédire que le portier du CH éprouverait des difficultés. C’est pourtant l’inverse qui est arrivé, alors qu’il a multiplié les prouesses, limitant l’attaque des «Bolts» à seulement deux petits buts lors des 129 dernières minutes de jeu de cette série.
Au final, il aura été la bougie d’allumage de l’équipe. Insufflant une assurance inébranlable à ses coéquipiers, son calme dans le demi-cercle et sa gestion des émotions auront été impeccables tout au long de l’affrontement. Bien que Dobeš présente un certain caractère, il n’aura jamais montré de signes de faiblesse, retournant contre les joueurs du Lightning leurs propres tentatives de déstabilisation. Il ne fait aucun doute que la recrue tchèque a remporté haut la main le duel des gardiens, dans cette série.
Une gestion d’effectif magistrale
Parallèlement à l’ascension de Dobeš, il était ardu d’imaginer que Martin St-Louis parviendrait à s’imposer devant son homologue Jon Cooper. À mon sens, c’est précisément la gestion d’effectif du pilote montréalais qui a permis au Tricolore de prendre l’ascendant. D’entrée de jeu, il faut honorer le sang-froid de St-Louis, qui a prouvé une fois de plus sa grande connaissance de chacun de ses joueurs. Critiqué pour avoir gardé Kirby Dach dans l’alignement, il a ouvertement pris la parole pour défendre son joueur, lui témoignant une confiance inestimable. C’était probablement l’électrochoc qu’il fallait à Dach alors que dès le match suivant, et pour le reste de la série, il a réussi à faire taire ses détracteurs en jouant probablement le hockey le plus inspiré de sa jeune carrière. Ce principe s’est également appliqué à d’autres joueurs, alors que les Texier, Bolduc, Newhook et Gallagher ont tous vu leur rôle évoluer au fil des matchs. De brillante façon, St-Louis a réussi à transformer des circonstances fâcheuses en solutions concrètes pour son équipe. Devant composer avec un premier trio et un avantage numérique en panne, une gestion rigoureuse de l’alignement, surtout lors des matchs cinq à sept, aura permis de colmater les brèches et de transformer une faiblesse apparente en une force collective.
Cooper, de son côté, n’aura pas eu un impact aussi marqué. S’il a parfaitement réussi à étouffer les meilleurs éléments des Canadiens avec le trio d’Anthony Cirelli, cette décision aura également causé sa perte. Simplement parce qu’à l’image de Montréal, les piliers de Tampa Bay produisaient peu à égalité numérique. Mis à part Hagel, les Kucherov, Point et compagnie n’auront pas été plus impactants que le trio de Suzuki et, pire encore, n’ont cumulé qu’un point lors des trois matchs les plus importants de la série. Cooper aurait-il pu faire autre chose ? Difficile à dire. Si le passage de Hagel sur le premier trio a permis à l’équipe de signer un gain crucial lors du quatrième duel, l’absence d’une profondeur offensive efficace l’a forcé à ne compter que sur ses gros canons. Et quand ceux-ci sont en panne, il faut trouver un moyen de dénouer l’impasse, ce que St-Louis a accompli contrairement à Cooper. Loin de moi l’idée de remettre en question le statut de Jon Cooper parmi l’élite, mais le brio de Martin St-Louis a indéniablement été l’un des facteurs clés de ce triomphe.
Maintenant, à quoi s’attendre de Buffalo ?
Bien que cette victoire représente énormément dans le processus des Canadiens, leur prochain affrontement s’annonce tout aussi difficile. Véritable surprise cette saison, Buffalo a finalement renversé la tendance. Après avoir brisé une séquence de 14 ans sans éliminatoires, l’équipe vient tout juste de remporter sa première série en près de deux décennies.
À mon œil, parmi l’ensemble des équipes présentes au deuxième tour, ils sont clairement celle qui a connu le plus d’inconstance. L’équipe a changé de gardien, s’est fait battre à plate couture, a donné une raclée à son tour, a connu des matchs serrés et des remontées, bref, absolument toutes les situations.
Cette imperfection représente, cependant le meilleur couteau à double tranchant. En séries éliminatoires, savoir s’adapter à n’importe quelle situation représente également une grande force, parce que ce qui compte réellement, c’est la colonne des victoires. Ils devront toutefois jouer du hockey plus serré, car le Bleu-Blanc-Rouge gardera certainement l’ensemble de ces possibles sept matchs à portée de main. Pour l’emporter, les Sabres devront miser sur des performances impeccables de leurs gardiens, améliorer leur avantage numérique et, enfin, miser sur leur grande profondeur en attaque et en défense.
Les Canadiens, pour une rare fois, seront l’équipe la plus expérimentée sur la glace, avec une série disputée l’an dernier et une autre cette année, en plus d’un match ultime derrière la cravate. Avec un Dobeš en grande forme et un retour espéré du premier trio, le tout jumelé à de courts déplacements et à la présence probable d’une meute de partisans à Buffalo, rien n’indique que l’équipe ne peut accéder au carré d’as. Mon cœur me dit Montréal et ma tête aussi, en espérant que les astres s’alignent à nouveau !
Crédit image de couverture : Mike Carlson, 2026 Getty Images


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