Un Duel canadien pour la suprématie du hockey féminin

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Il y a à peine quelques jours, il était bien difficile d’imaginer que la Victoire de Montréal et la Charge d’Ottawa s’affronteraient en grande finale de la Coupe Walter. Aux prises avec un virus, la formation montréalaise a vécu de véritables montagnes russes d’émotions avant son dernier duel. D’abord prévue lundi, puis reportée à mardi, la décision de la LPHF a rapidement fait réagir plusieurs amateurs et observateurs.

En moins de 24 heures, peu de gens croyaient réellement que les cinq joueuses infectées seraient rétablies à temps pour la partie, sans même compter les risques de propagation au sein de l’équipe. Bien qu’une journée de repos supplémentaire aurait paru plus logique, la Victoire a fait mentir bien des experts en remportant ce match décisif de brillante façon.

Alors qu’approche maintenant la grande finale, qui de la Charge d’Ottawa ou de la Victoire de Montréal saura s’imposer et ainsi devenir la première équipe championne canadienne de l’histoire de la LPHF ?

Des demi-finales excitantes

S’il y a bien une chose que ces deux formations finalistes partagent, c’est qu’elles n’ont pas volé leur place en finale. Négligée depuis le début de la saison, puis qualifiée de justesse pour le tournoi printanier, la Charge d’Ottawa a finalement démontré pourquoi la Victoire de Montréal ne voulait pas l’affronter au premier tour.

Menées par une Gwyneth Philips au sommet de son art, les représentantes d’Ottawa ont réussi à museler de brillante façon la troisième attaque la plus prolifique de la ligue, ne concédant que sept buts sur 142 tirs. En réduisant à néant l’avantage numérique du Fleet tout en neutralisant les principales armes offensives de Boston, la défensive de la Charge a démontré une fois de plus toute son efficacité lorsque le hockey des séries entre en scène.

Bien que les grandes vedettes d’Ottawa n’aient pas davantage noirci la feuille de pointage, c’est plutôt la profondeur de l’équipe qui a fait toute la différence. Match après match, ce sont les Fanuza Kadirova, Ronja Savolainen et Michela Cava qui ont été déterminantes dans les moments clés.

A posteriori, il est facile de cerner la principale raison derrière l’élimination surprise du Fleet. Si le manque de production des joueuses de soutien semble évident à première vue, il est difficile d’imaginer une telle efficacité lorsque plusieurs d’entre elles jouaient moins du tiers d’une période par tranche de 60 minutes. À l’inverse, Ottawa a opté pour une meilleure répartition du temps de glace, ce qui s’est traduit par de meilleures performances collectives.

La série entre la Victoire de Montréal et le Frost du Minnesota raconte une tout autre histoire, où ce sont surtout les meilleures joueuses qui ont fait la différence. Menée par un duo Poulin–Stacey en grande forme, mais surtout par une Ann-Renée Desbiens en pleine possession de ses moyens, la Victoire de Montréal peut savourer pleinement sa première qualification en finale de son histoire.

Il faut dire que cette série nous en aura fait voir de toutes les couleurs. Bien évidemment, la propagation du fameux virus figure au sommet de la liste, mais ce sont surtout les multiples scénarios dans lesquels les deux équipes ont réussi à s’imposer qui auront rendu cette série particulièrement enlevante.

En séries éliminatoires, l’une des grandes clés du succès repose sur la capacité à s’adapter à n’importe quelle situation. La Victoire a illustré ce principe à merveille, alors que chacun de ses trois gains a été obtenu de façon différente.

Si l’on vantait la qualité du jeu défensif de Montréal en début de série, il faut dire que le Frost l’a rapidement mise à rude épreuve. Après avoir accordé cinq buts dans un match pour la première fois de la saison, la Victoire a néanmoins trouvé une façon de neutraliser les trois meilleures attaquantes de la ligue, les limitant à un seul but lors des quatre rencontres suivantes.

Puis finalement, ce qui fonctionnait si bien pour Montréal depuis plusieurs semaines a repris de plus belle lors du duel ultime de la série. Profitant d’une promotion sur le premier trio, Catherine Dubois a inscrit un but crucial, démontrant une fois de plus la solide profondeur montréalaise. De son côté, Ann-Renée Desbiens a rappelé pourquoi plusieurs la surnomment la « Muraille de Charlevoix », multipliant les arrêts spectaculaires pour devenir la grande artisane de cette qualification en finale.

Le dernier chapitre de la saison

Pour les plus assidus, ce duel au sommet n’a rien de nouveau, alors que l’an dernier, la Charge avait éliminé la Victoire en quatre matchs lors des demi-finales. Avec du recul, ce qui avait indéniablement marqué cette série, c’était la façon dont les deux équipes s’étaient livré un duel extrêmement serré. Tous les matchs s’étaient terminés par un seul but d’écart, et il ne fait aucun doute que la Victoire aurait pu accéder à la finale avec un peu plus de chance.

Cette saison, c’est tout le contraire, alors que Montréal a eu le dessus à trois reprises en quatre affrontements face à Ottawa. La Victoire ne s’est jamais inclinée en temps réglementaire face à sa rivale, en plus de limiter l’attaque adverse à une moyenne d’un but par match.

Il demeure toutefois qu’Ottawa possède davantage d’expérience que la Victoire avec cette participation à la finale l’an dernier. Il faut dire que le Frost avait trimé dur face à la Charge, alors que la totalité des quatre rencontres avaient nécessité du temps supplémentaire. Il ne faut pas non plus négliger le facteur repos, qui pourrait peser lourd dans la balance, surtout en début de série. Avec seulement 48 heures entre les deux matchs, il ne serait pas surprenant de voir la Charge profiter de ses deux jours de congés supplémentaires, pour s’imposer en début de série.

Avec probablement un duel entre les deux meilleures gardiennes de la ligue, il est difficile d’imaginer une série à haut pointage. Il serait même fort à parier que l’équipe qui bénéficiera des meilleures performances de sa gardienne soulèvera la Coupe Walter.

Sur le papier, il ne fait aucun doute que Montréal est la meilleure formation des deux équipes. Cependant, il ne faut pas négliger les bons éléments de la Charge, qui tardent à se mettre en marche. Si les meilleures joueuses de la Victoire continuent de jouer du hockey inspiré, Montréal pourrait décrocher les grands honneurs.

Je prédis donc une première Coupe Walter dans l’histoire de la Victoire, en cinq matchs.

Bonne finale !

Crédit image de couverture : PWHL – Game 3 – MTL at OTT – May 13

Written by Raphaël Bédard
Raphaël Bédard est étudiant en communication à l’Université Laval depuis 2025. Passionné de sports et de journalisme, il enrichit son expérience sur les ondes de CHYZ 94,3, où il participe à la production et à l’animation de contenus radiophoniques. Fort d’un intérêt marqué pour le hockey et les grands événements sportifs, Raphaël combine rigueur académique et pratique médiatique afin de se préparer à une carrière dans le journalisme sportif.

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