Bergevin ne sauvera pas le CH de la dérive | Félix Desjardins

Le navire du Tricolore n’aura jamais eu à heurter un iceberg pour couler. Il a finalement atteint le fond de l’Atlantique en accumulant les petites et grandes erreurs, faute d’un commandant trop orgueilleux et d’un capitaine qui ne l’est peut-être pas assez.

Trêve de métaphores aquatiques, l’on ne peut cesser de vouloir trouver un coupable pour expliquer les déboires du Canadien de Montréal. Même si les Carey Price, Max Pacioretty et Jonathan Drouin n’ont pas le départ espéré, la fin de leur parcours en sol montréalais ne mettraient pas terme, loin de là, au marasme de l’équipe.

En effet, la source de cet échec retentissant se retrouve dans les bureaux de l’état-major. À la tête du groupe, Geoff Molson, propriétaire et président des opérations hockey – sans avoir la moindre expérience dans le milieu – semble réaliser un rêve d’enfance en étant aux commandes d’un club du circuit Bettman. Si son sens des affaires, supposément très aiguisé, prône sur son plaisir personnel, il devrait se concentrer sur l’aspect business de sa compagnie et léguer le reste à un homme de hockey. Car si la tendance se maintient et que le CH ne réussit pas à se qualifier pour les séries éliminatoires pour une deuxième fois en trois saisons, l’impact économique en sera d’autant plus énorme : selon André Richelieu, expert en marketing sportif à l’UQAM, « un match des séries permettrait (…) de générer des revenus dans une fourchette de 2,5 millions $ à 3 millions $ ». Si ça prend des cennes pour faire des piastres pour le commun des mortels, ça prend aussi des millions pour faire des milliards pour la famille Molson.

En oubliant l’annuelle valse printanière, les contre-performances des hommes de Claude Julien ont contraint l’équipe de promotion du Canadien à devoir vendre le hockey pour la première fois depuis des lunes. Il faut admettre que le produit offert n’est pas le plus attrayant : en frôlant la barre des 2,6 buts par partie, le Tricolore est la troisième équipe la moins productive offensivement. À 125$ la paire de billets la plus accessible, cela coûte cher du but – 48,07$, pour être exact !

 

Le Canadien est l’une des cinq pires équipes de la LNH offensivement.

 

Le plus grand défaut de M. Molson est cependant sa naïveté. Comment peut-il, après presque six ans, encore croire au plan quinquennal de Marc Bergevin ? Sa confiance inébranlable envers le Québécois est suffisante pour remettre en question l’ensemble de son travail.

En effet, même si le message de ce dernier était porteur d’espoir à son arrivée et que tous pensaient qu’il allait redorer le blason du CH, un constat d’échec est nécessaire à ce point dans la saison.

En comparant l’effectif actuel du Tricolore et celui de la saison 2011-12, juste avant l’arrivée en poste de Bergevin, il est difficile de distinguer une réelle amélioration. Les joueurs d’impacts – mis à part Alex Galchenyuk, une sélection plus que logique – qui sont des produits maison du CH sont tous issus de l’ère Gainey ou Gauthier.

Certes, la situation n’est pas catastrophique et certains espoirs ont encore le potentiel d’accomplir de belles choses dans l’uniforme bleu-blanc-rouge.  Les partisans ont tendance à grandement sous-estimer le travail de Trevor Timmins, qui a malgré tout déniché plusieurs perles dans les rondes hâtives depuis son embauche. Ce n’est tout de même pas lui qui a échangé Ryan McDonagh, P.K. Subban ou Mikhail Sergachev, pour ne nommer que ceux-là.

Bref, la mentalité arriérée du directeur général québécois, de prioriser le leadership et la robustesse au talent brut et à la vitesse, a de grandes répercussions sur les performances du Tricolore. L’acquisition d’Andrew Shaw illustre d’ailleurs bien l’attitude bergevinèsque : alors que la banque d’espoir du Tricolore était bien peu garnie, il a sacrifié deux choix de deuxième tour – dans une cuvée exceptionnelle – pour mettre la main sur ce plombier de luxe. Résultat : les Hawks ont mis la main sur Alex DeBrincat et Chad Krys, deux jeunes joueurs talentueux qui auraient pu être des sélections de première ronde dans d’autres cohortes moins relevées. Le premier, à seulement 20 ans, serait le meilleur pointeur du Canadien cette saison, avec 28 points en 45 rencontres…

 

Alex DeBrincat connait une saison recrue remarquable.

 

L’objectif de ce texte n’est pas de complètement discréditer le travail de Marc Bergevin, qui a tout de même accompli de belles choses pour l’organisation du CH. Ce dernier excelle dans l’art de repérer les talents perdus du Circuit Bettman. Paul Byron, Dale Weise, Jordie Benn et plus récemment Nicolas Deslauriers ont tous seulement pu réellement prouver leur valeur dans l’uniforme bleu-blanc-rouge. C’est pourquoi il ferait un excellent directeur… adjoint. Même si c’est ici à Montréal qu’il a atteint le plus haut rang, ses années à Chicago, dans un rôle second, resteront le faîte de sa carrière.

Malgré tout le respect qui lui est dû, cependant, le Tricolore ne peut pas se permettre d’assigner une aussi grosse tâche que la vraie première reconstruction de son effectif en 109 ans à un homme qui a fendu l’air à ses trois dernières tentatives de coup de circuit : Subban-Weber, DeBrincat/Krys-Shaw et Sergachev-Drouin.

Si l’on décide de se départir de Max Pacioretty, Alex Galchenyuk ou même Carey Price, voudrait-on vraiment Bergevin comme principal artisan de ces transactions ?

Le Canadien actuel se situe dans une position similaire à ses voisins torontois en 2014. Après une diète de plusieurs décennies sans championnat, l’on a décidé de renouveler l’état-major et de liquider les vétérans qui menaient l’équipe, en l’occurrence Phil Kessel et Dion Phaneuf. Après trois saisons de misère intentionnelle – autrement dit, de tanking – les Leafs ont un des meilleurs jeunes noyaux de la LNH. Il est maintenant probablement impossible de suivre le modèle des Red Wings d’antan, qui ont réussi à participer aux séries éliminatoires de 1990-91 à 2015-16.  La ligue nationale, en 2017, est maintenant cyclique plus que jamais. Des puissances comme les Penguins et les Blackhawks voient d’ailleurs leur règne s’achever, cette saison.

Cette équité sans précédant entre les équipes mènent à une évidence antithétique : il faut perdre pour gagner. La vision de Bergevin impose, et je cite : « un reset avant un rebuild ». Il serait surprenant que les partisans de la Sainte-Flanelle soient en faveur d’un statut quo légèrement modifié. Qui plus est, le Tricolore pourra compter sur de bien meilleurs actifs que Lou Lamoriello et ses Leafs pour entamer une reconstruction. En transigeant le groupe de meneurs du CH, l’on pourrait bâtir l’un des meilleurs groupes d’espoirs du circuit.

Il est maintenant temps que Geoff Molson assume ses fonctions et fasse table rase dans les bureaux de la direction. Un vent de changement s’impose à Montréal, si l’on veut éviter que le navire des Béliveau, Richard et Lafleur ne s’aventure davantage en eaux troubles.

 

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6 mois
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Commentaires
1 Comment

One comment on “Bergevin ne sauvera pas le CH de la dérive | Félix Desjardins

  1. Réjean Reeves

    Bergevin n’a plus sa place avec le CH. Cela fait un an que je le surnome  » MR GAFFES BERGEVIN « !! Je n’ai absolument plus confiance en son jugement. Rappelez vous que l’an passé, il a dit être ouvert à discuter échanges avec d’autres club mais que si le nom de Sergachev était prononcé, qu’il cesserait toutes les négo. Qu’a t-il fait? Sergachev est parti pour avoir drouin auquel il a donné un gros contrat. Drouin ne fait pas la job. Il n’a que 6 buts jusqu’à date, donc un vrai flop monumental qui nous a coûté un vrai bon prospect à la ligne bleu. Tant qu’à moi, Molson peut l’envoyer en Sibérie et engager un vrai homme de hockey pour réparer toutes les gaffes de ce MR!!

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