Les Red Sox et le marché des lanceurs | Vincent Filteau

Les saisons mortes des équipes championnes du baseball majeur, quand la conquête d’une Série mondiale correspond à l’aboutissement d’un processus amorcé depuis plusieurs années, représentent toujours des deuils qui s’accompagnent de décisions ingrates : se départir de joueurs essentiels aux succès de l’équipe et accepter que la gloire couvrira d’autres organisations au cours des prochaines années. Au lendemain de la parade de championnat dans les rues bondées de Boston, le directeur-général des Red Sox, Don Dombrovski, déclarait en conférence de presse : « Si je pouvais revenir en 2019 avec le même club, je serais aux anges, évidemment ». D’un même souffle, il déclarait que tous les joueurs de l’édition 2018 avaient signifié leur intention de revenir avec l’équipe ; chose vraisemblablement improbable, malgré les bonnes intentions de la part patronale et des joueurs.

À quelques heures suivant l’ivresse des récompenses, Dombrovski admettait, donc, à demi-mot que son organisation était à l’heure des choix, particulièrement en ce qui concerne son personnel de releveurs. Les deux meilleurs releveurs des Sox – Craig Kimbrel et Joe Kelly – sont présentement sur le marché des joueurs autonomes et rien n’indique que les négociations avancent à l’heure actuelle, surtout pour le closerà la barbe rousse qui exigerait une longue entente de six saisons, selon les dernières sources recueillies par les principaux informateurs du baseball, comme Ken Rosenthal. Si Kimbrel infligea de petits infarctus aux partisans des Red Sox durant les dernières séries éliminatoires, Joe Kelly fut quant à lui le héros négligé de ces derniers.  En cinq sorties (6 manches disputées), Kelly n’a accordé aucun point, aucun but-sur-balle, en plus de récolter une victoire et dix retraits sur trois prises.  Alors tous s’entendaient pour dire que la principale faiblesse des Sox résidait dans son enclos des releveurs, Joe Kelly fut celui qui les fit le mieux mentir. Malgré une saison en dents de scie, Kelly pourrait obtenir un lucratif contrat, suite à cette performance exceptionnelle. On sait, cependant, qu’il souhaite, selon ses propres mots, terminer sa carrière avec les Red Sox, mais à quel prix ?

 

Nathan Eovaldi : dossier clos

La conquête de la Série mondiale des Red Sox fut surtout celle des lanceurs. Après la rédemption de David Price, comment oublier la contribution de Nathan Eovaldi aux succès des champions en titre ? Avant sa performance sensationnelle en relève durant le match #4 de la finale, Eovaldi a agit comme partant dans le match #3 de la série de division, face aux Yankees, qui s’est soldé par une victoire écrasante de 16-1 des Sox. L’éclosion quasi-nucléaire de l’offensive bostonnaise a occulté la performance irréprochable d’Eovaldi qui ressemblait au Sandy Koufax de 1965, par moments. Jusqu’en 7emanche, Eovaldi distribuait des rapides à 100 mph et une courbe redoutable, comme s’il détenait une vingtaine de lancers au compteur. Sa vélocité à toute épreuve fut la principale raison de sa double utilisation comme partant et releveur dans les situations les plus cruciales. On s’en rappelle, lors de sa sortie historique face aux Dodgers, un appui en relève de 9 manches, Eovaldi avait lancé en relève, quelques jours auparavant, lors des deux premiers matchs disputés à Boston. Et cela après deux opérations de type « Tommy-John » depuis le début de sa carrière.

Quand les Nationals de Washington ont mis la main sur l’acquisition prioritaire des Yankees, le partant étoile Patrick Corbin, il devenait évident que le temps pressait pour les Sox dans leur négociation avec Eovaldi, qui devenait, par le fait même, la solution de rechange idéale de ses ennemis jurés.  Même si rien n’a jamais indiqué que les Yankees avaient amorcé des pourparlers avec Eovaldi, ce n’était qu’une question d’heures avant que ces derniers ne lui proposent une offre qui aurait pu couper l’herbe sous le pied de Dombrovski. Avec la perte plus que probable de Craig Kimbrel et de Joe Kelly, le directeur-général des Sox devait absolument consolider sa rotation des partants afin d’améliorer ses chances de conquérir la division Est de l’américaine pour une troisième année consécutive. En pareilles circonstances, faire le pari que Nathan Eovaldi demeurera en santé pour les quatre prochaines saisons s’imposait naturellement, ainsi que son salaire annuel de 17 millions de dollars, tout une récompense pour services rendus.

 

Zach Britton avec les Red Sox ?

En cas de la perte de Craig Kimbrel et de Joe Kelly, des solutions intéressantes s’offrent tout de même aux Red Sox. Un releveur acquis par les Yankees la saison dernière est actuellement disponible sur le marché des joueurs autonomes, Zach Britton. Pas plus tard que la semaine dernière, Logan Mullen de NESN rapportait que Don Dombrovkski aurait manifesté de l’intérêt pour les deux releveurs. Les Red Sox faisaient partie des quelques équipes dans la course pour obtenir les services de Britton à la date-limite des transactions. Ils ont dû se tourner vers un plan B : Nathan Eovaldi qui évoluait alors avec les Rays de Tampa Bay. Si Britton représentait pour plusieurs la meilleure acquisition en vue des séries éliminatoires, il s’est plutôt révélé comme la déception de l’année dans le dernier droit de la saison régulière, surtout lors de la série de division face aux Red Sox. Cela dit, Zach Britton demeure un releveur de premier plan et une saison complète dans l’enclos des releveurs des Sox pourrait lui donner le temps de trouver son rythme et parfaire son rôle de closer.

De plus, une autre option est également envisageable : l’ancien releveur des Sox, Andrew Miller, est sur le marché des joueurs autonomes. On sait combien son apport fut essentiel dans la saison 2016 des Indians de Cleveland qui le consacra comme l’un des meilleurs releveurs du baseball majeur. À 33 ans, Miller risque de commander un salaire beaucoup moins imposant qu’un Zach Britton, deux ans plus jeune, puisque des choix encore plus déchirants s’annoncent au terme de la prochaine saison. Le meilleur lanceur des Red Sox, Chris Sale, de plus que Rick Porcello et son arrêt-court virtuose Xander Bogaerts, tous accéderont au marché des agents libres sans restrictions. Ces départs éventuels, particulièrement Sale et Bogaerts, auront un impact immense sur la conduite des Red Sox, qui ont vidé leurs filiales pour obtenir des joueurs établis, au cours des dernières années.

 

Texte également disponible sur Le Grand Club-RDS

 

 

 

Vincent Filteau est né à Saint-Jean-sur-Richelieu en 1991. Poète, essayiste et journaliste, il a publié dans plusieurs revues et collectifs, depuis une dizaine d’années. Il est (surtout) un passionné du sport.

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Written by Vincent Filteau

Vincent Filteau est né à Saint-Jean-sur-Richelieu en 1991. Poète, essayiste et journaliste, il a publié dans plusieurs revues et collectifs, depuis une dizaine d’années. Il est (surtout) un passionné du sport.

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