Les Trois Corniauds du CH | Charlie Phaneuf & Yvon-Junior Desgroseilliers

Samedi dernier, votre humble clavier était en compagnie de Martin Brunette. Nous étions à la Taverne 1909 du Centre Bell – presque à jeun; en simili pleine possession de nos moyens. La routine, quoi!

Parlant de routine: le Canadien ne jouait pas ce soir-là, exception faite de Carey Price, sauf que cette fois, c’était simplement soir des concours d’habilités du match des étoiles, et pas un traditionnel lendemain de soirée trop arrosée au Buenanotte pour Galchy et sa bande…

Bref, le nom de Martin Brunette ne vous dit sûrement pas grand-chose. C’est normal, il n’est connu que de ses parents et amis – et si peu des autorités – il n’a jamais coaché dans la LNH, il n’a pas inventé de remède contre le pied d’athlète non plus. C’est mon meilleur ami, c’est tout.

En revanche, il connait son hockey le Martin, ça et comment semer la police dans les ruelles tortueuses d’Hocheläg… Sauf que, c’est une histoire pour la prochaine fois, quand les petits seront couchés… M’enfin!

La soirée allait de bon train jusque-là, la nourriture semblait comestible – malgré des prix encore plus démesurés que le dernier contrat de Plekanec – il n’y avait pas non plus de format pichet à la vente de bière, mais les serveuses étaient plutôt cordiales et assez présentables. Donc, au volume, c’était jusque-là une bonne soirée.

« Marc Bergevin veut signer John Tavares. » Qu’il me lance soudainement en pleine poire, entre deux gorgées de houblon cheap. (Martin là, pas Plekanec, suis, Jean-Maurice, suis!)

« Y’a longtemps qu’un joueur de concession aussi flamboyant que Tavares n’a pas été sur le marché des joueurs autonomes; c’est le plan depuis la fin de la saison passée. Bergevin veut signer Tavares. Y’est mieux, sinon on le sacre dehors. »

« Diantre Marty, pourquoi en es-tu aussi certain? » Lui rétorquais-je dans un français, ma foi, presque littéraire, soudainement…

« Élémentaire mon cher ivrogne, ça n’prend pas la tête à Gaston Therrien pour comprendre que c’était le plan depuis le début! », ajouta-t-il. « Quel DG d’hockey dans ce monde laisserait autant de place sur sa masse salariale alors qu’il vient de faire les séries? D’autant plus qu’il aurait pu passer la première ronde contre les Rangers avec un minimum de chance… ou de production offensive de la part de son capitaine. Mais le point n’est pas là Charlie : Bergevin a sacrifié une saison pour se laisser le maximum de latitude sur le chéquier, et afin de ne SURTOUT pas manquer le bateau quand Tavares sera liiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiibre! »

Le jeu des ombres semble soudainement draper son visage tiraillé de peintures de guerre. Ou était-ce ses cernes? Qu’importe! L’excitation toute relative de réaliser que, eh oui, McDavid est plus rapide que les autres – meh! Ni même le tintement des tirs de Brock Boeser qui frappent des cibles remplies de light stick craqués – acheté en vrac lors de la vente de faillite du feu Red Light de Laval – ne sauraient faire passer inaperçu les mugissements de la bête qui se réveille.

Derrière le bar – par une soirée, somme toute, calme – le barman essuie nonchalamment un bock « crystal clear »; l’air de rien, mais prêtant soudainement attention à cet hurluberlu de William Wallace, des temps modernes, en train d’hausser le ton dans son estaminet.

« Hérésie! » Que je lui balance en pleine gueule, toujours aussi – presque – littéraire. « Marc Bergevin avait la chance de bâtir une équipe pour aspirer aux grands honneurs, il ne lui manquait qu’un quart-arrière et un attaquant de puissance, par Dieu!  C’est maintenant un échec sur toute la ligne. S’il avait seulement conservé les services de Markov et de Radulov, qui sait jusqu’où nous aurions pu aller? Aucun DG saint d’esprit, et en pleine possession de ses moyens (contrairement à nous, à ce stade de la soirée), n’aurait été prêt à sacrifier une saison en laissant volontairement une équipe aussi dégarnie aller au front de cette diable de guerre qu’on nomme, ici-bas, la LNH. »

« JUSTEMENT CALVASSE! Bergevin s’est débarrassé des MAUDITS russes et il veut monter une équipe CANADIENNE!!! Il a déjà des GROS morceaux de champions en Carey Price et Shea Weber. Manque juste Tavares, CALVASSE, CALVASSE, CALVASSE !!!»

Soudainement, emporté par l’émotion, notre Martin Brunette, celui-dont-le-nom-ne-vous-dit-sûrement-pas-grand-chose, connu que de ses parents et de ses amis – et jusque-là si peu des autorités – n’a toujours pas tant su me convaincre de sa logique, plutôt parable. Or, la bouteille qu’il a fracassée sur le bar avant de me la pointer direct sous la jugulaire, elle, était plutôt convaincante (serait d’ailleurs temps que vous pensiez à vendre des pichets en bon plastique sécuritaire, Taverne 1909).

Bruit de chope « crystal clear » qui se fracasse sur le sol, tapotement « quelque peu » musclé sur l’épaule, un trio de doorman plus tard – encore bien plus clutch que Pierre Dagenais dans SA belle année – qui nous sacre dehors, ma tête sur l’asphalte, l’amnésie des braves pour quelques heures…

Au réveil, j’ai ce fameux clip des « Three Stooges » en tête. Chouette analogie de l’ère « Bergevinesque ». Voici comment je m’en souviens – pour l’avoir revu dernièrement à « Prise 2 »:

Par un moite après-midi d’été, Trois Corniauds décidèrent d’aller se rafraîchir aux abords d’un lac voisin, au moyen d’un petit bateau à rames, question de sentir la douce brise marine fleureter – pour une dernière fois, avant de s’en aller – dans leurs cheveux grisonnants. Pourquoi pas? Après nous avoir monté un beau grand bateau…

Vêtus de leurs costumes d’affaires noirs, mauve avec des pants bien stretch pour l’un des trois, ils traversèrent la ville jusqu’au lac, où ils louèrent un canot de six pieds, tout équipé : deux rames et un seau afin d’évacuer les fuites d’eau ou d’y déposer un hypothétique poisson qui aurait eu la naïveté de mordre à leur hameçon.

Les ennuis commencèrent inévitablement à la première fuite – comme les chaloupes louées le font systématiquement, d’ailleurs. Un des trois Stooges remarqua alors que l’eau montait jusqu’à ses chevilles, submergeant ainsi ses bas bruns.  Suintant de peur et épongeant son front dégarni, il signala alors à ses compagnons que l’embarcation prenait l’eau.

S’armant de courage, et relevant leurs manches, nos trois amigos, toujours confiants, tentèrent en vain d’évacuer le surplus d’eau à l’aide de leur seau, toujours bien vide jusque là – Oh oh, presque vide, un petit Schlemko par ci, un gros Alzner par-là; rien qu’on ne puisse jeter par-dessus bord en cas de naufrage…

La fuite était pire que ce qu’ils avaient préalablement anticipé. Le bateau se remplissait à vue d’œil.

C’est là qu’ils unirent leurs efforts de cocologie afin de trouver une solution – ils utiliseraient les rames afin de percer un trou dans le fond de la chaloupe, tsé afin que l’eau puisse s’écouler plus facilement…

Voyant que la stratégie ne fonctionnait toujours pas, ils frappèrent, frappèrent, et re-frappèrent, avec l’énergie du désespoir, avec l’ardeur d’un Bégin sur les antidouleurs non prescrits, comme pour enfoncer le proverbial dernier clou. Plus de trous, toujours plus de trous, que l’eau s’écoule, enfin! Rien n’y fit, et le bateau risquait soudainement de couler plus que jamais.

Voilà Jean-Maurice, c’était l’histoire des Trois Stooges; de réels bouffons dans l’âme qu’on vous dit.

La morale de cette histoire est claire comme une chope nettoyée au Cascade industriel, sauf pour Geoff Molson, Marc Bergevin et Claude Julien, évidemment; toujours en train de tenter de défoncer la coque du navire pour que l’eau s’écoule. Au moins, pendant ce temps, le seau demeure bien vide; tsé afin d’y déposer un hypothétique poisson qui aurait eu la naïveté de mordre à leur hameçon…

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2 semaines
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