Peur et Dégoût au Super Bowl 54 | Charlie Gonzo Phaneuf

La Vie ne doit pas être une petite balade dans le pré, avec l’intention d’arriver vers sa tombe en toute sécurité et arborant un corps tout frais & bien conservé, mais plutôt de déraper à pleine vitesse même dans les courbes, complètement épuisé, vidé de toute vitalité et en proclamant haut et fort « Wow! Quelle aventure! » 

-Hunter S. Thompson

 

J’étais dans Rosemont Petite Patrie lorsque mon micro-dosage de psychédélie a commencé à faire effet. J’avais également sur mon résumé de travail plusieurs joints de CBD, en plus de la moitié d’un baggie de caféine aux champignons — la saveur préférée de Joe Rogan. Toutefois, les effets de cette dernière substance se faisaient attendre telle la chute du Capitalisme chez les indigents du tiers-monde.

Doux Jésus! J’avais la bouche extrêmement pâteuse, mais mon filtre Brita était devenu aussi archaïque que l’accent de Sean Connery dans la Dernière Croisade d’Harrison Ford. Après tout, je n’allais absolument pas boire l’eau du robinet et risquer l’anévrisme cervical!?

Grossière erreur.

Bien sûr, c’était un fait connu : l’élite Reptilienne insère du fluorure dans l’eau depuis la nuit des temps et espère ainsi réduire l’épiphyse des humains en bouillie; les garder assouvis tels des esclaves modernes! Mais ce problème de pâte buccale était bien réel, alors je devais boire. Et vite!

Hélas, il ne me restait qu’un restant de Red Bull saveur Kiwi et Fraise et une bouteille à moitié pleine de Whiskey à l’érable. Une drôle de mixture. Sauf que, dans l’état où j’étais, c’était la seule solution…

Ma quête du moment était d’assister au 54e Super Bowl de la NFL. Mais le fait qu’un billet pour ce genre d’événement coûtait en moyenne de quatre à cinq milles dollars américains posait un réel problème. Et aucun média sportif respectable n’était prêt à refiler des accréditations à un pseudo Hunter S. Thompson déchu des temps modernes.

Il était hors de question de vendre un rein sur le marché noir, ni d’opérer un réseau de cyber web-cam érotique pour ces riches excités émanants des quartiers cossus; des dégénérés dans l’âme qui étaient prêts à payer une fortune pour de telles obscénités. Après tout, j’étais rédacteur en journalisme Gonzo. Un simili professionnel. J’avais quelques méfaits notoires à mon dossier, certes, mais rien qui ne faisait pas de moi un civil respectable.

J’avais entendu parler des épopées translucides de l’au-delà terrestre. Certains shamans indiens décrivaient l’expérience comme une sorte d’expression de l’ésotérisme qui désigne l’impression que l’esprit se dissocie du corps physique afin de vivre une existence autonome et explorer librement l’espace environnant. Bref, le voyage astral se produirait en diverses occasions, selon les occultistes : à l’approche de la mort, au cours d’une opération sous anesthésie, lors d’une méditation, ou même sous l’emprise de drogues hallucinogènes.

Sainte-Marie Mère de Dieu, tout était limpide maintenant — j’étais déjà dans un stade avancé de délire catatonique dû au LSD (légal jusqu’en 1966). Il ne me restait qu’à machouiller un peu de glande surrénale pure, espérer vivre la Grande Cassure du psychique et que mon voyage me mènerait aux abords du Hard Rock Stadium, à Miami. Après tout, si les films de Walt Disney m’avaient bel et bien appris un truc impératif, c’était qu’il fallait y croire!

 

Crédit : Master Ralph Steadman

 

Les premières sensations donnèrent plutôt l’image d’un rêve platonique, accompagné d’un scénario moribond digne d’une mauvaise série B. Un désastreux mélange de pornographie légère à la sauce Bleue Nuit, sans visuel réel sur le ça-va-ça-vient, et qui tourna rapidement vers une scène d’horreur satirique de zombies propres aux Lucio Fulci & George A. Romero de ce monde.

Il y avait des boomers dans tous les sens, prêts à vous bombarder avec des absurdités sur l’immigration et les bienfaits oubliés du Spanish Fly.

Une horrible sensation de stupeur traversa mon âme.

Note à moi-même : ne jamais mélanger à nouveau du vin bon marché, des gélules de tribulus achetées sur un site russe et du chocolat commandé de la Colombie Britannique.

Soudainement, un rocambolesque flashback venait me transcender tel un mouchoir jaune salvateur au sol… jeté là par l’arbitre suite à un gênant raté défensif de votre meilleur atout.

Amen!

Sainte Mère du Balbutiement, c’est moi?! Je ne pouvais y croire. J’étais soudainement en compagnie de mon valable ami indien, Gino Odjick. Et sachez qu’en dépit de sa race, cet homme est très valable à mes yeux. Une bête sauvage qui m’a sorti de certains plans foireux plus souvent qu’a dû le faire l’avocat d’Antonio Brown lorsque ce dernier oubliait de prendre sa dose de Zoloft.

La présence de Gino était impérative. Une charpente aussi solide qu’un ailier rapproché; il avait l’intelligence d’un O.J. Simpson, mais l’instinct de survie d’un Michael Irving sur la cocaïne. Nous étions en train de participer à des paris illégaux dans une ruelle avoisinant le Hard Rock Stadium, là où les Chiefs affrontaient les 49ers lors du Super Bowl XLIV.

Gino : « Les Chiefs vont l’emporter par plus de dix points, Charlie… Alors fais comme moi, place tout ton argent sur les Chiefs et tu banderas comme un dinosaure devant la moustache de Coach Andy Reid en train de pleurer de joie, à la toute fin… »

Charlie : « Pauvre fou! Vous autres, les indiens, n’avez aucun raisonnement logique possible; se laisser aveugler par du pain et des jeux simplement parce qu’une équipe affiche une attaque flamboyante. Tout le monde sait que les défensives remportent des championnats… ah, et puis… merde, tant pis si tu veux perdre l’allocation de ta famille aussi bêtement, mais moi je place tout ce qui me reste sur San Francisco… »

Nous en étions maintenant rendu au spectacle de la mi-temps et Gino était en train de distribuer des blitz sur une poupée gonflable déguisée en Shakira qu’il avait volée à un fêtard éméché, plus tôt. C’était un spectacle beaucoup plus intrigant que celui de la mi-temps; on aurait dit un Reggie White à son apogée, en pleine montée d’adrénaline face à ces pauvres quart-arrières de la NFL… rendus aussi séquelles que des Mohamed Ali en fin de carrière — par sa faute.

Gino s’arrêta brusquement afin de regarder les deux femmes latines sur le grand écran fourni à l’extérieur. Rendre à César ce qui est à César: le show était fantasmagorique!

Madame Lopez donnait l’impression qu’elle allait grimper cette pôle jusqu’au paradis, pendant que la banquette arrière de Shakira nous faisait rapidement oublier les beaucoup trop grosses mains de Troy Aikman.

Gino : « J’échangerais mes sept femmes et mes 14 enfants juste contre une nuit avec ces deux là. »

Charlie : « Oui, bien sûr. Je suis certain que ces deux bombasses de luxe ne refuseraient jamais une soirée avec un étalon de la réserve du Nunavut aussi bien monté que toi… »

Gino : « Ah malheureusement, c’est impossible… oui, car mon totem ne se dresse plus devant le soleil — comme avant — depuis qu’il a reçu un puissant lancer frappé de Al Iafrate directement sur la boussole. »

M’enfin, faisant abstraction de cette frénésie d’américanisme, de drogue et d’alcool autour de moi, je tentais de garder le cap. Puis, au niveau de mes paris sportifs et de mes dernières économies investies, tout allait de bon train. Patrick Mahomes n’allait nulle part devant cette méchante défense des Niners et les Chiefs se faisaient piétiner telle une pléthore de dissidents noirs non armés devant des policiers instables. Le genre aussi enragés qu’un Bill Romanowski sur un terrain de football; voire sur les opioïdes et en plein post-traumatisme d’Afghanistan.

La suite des événements allait provoquer une succession de problèmes.

Diantre!

Les Niners allaient s’écraser telle la carrière d’Eli Manning et les Chiefs feraient ce qu’ils savent opérer de mieux: une remontée spectaculaire à vous en faire cracher du petit lait par le fion. L’angoisse totale : je venais de jouer tout mon dernier chèque de paie sur San Francisco avec Jimmy le Grec, et maintenant j’avais des ennuis. Autrement dit, mes jambes, mes doigts ainsi que mon ô combien précieux entre-cloutche étaient en danger.

Mais c’était comme d’habitude. La routine. Ces choses se produisent lorsque vous jouez plus souvent que vous ne publiez un bon papier.

Tout à coup, un truc incompréhensible se produisit devant nous. Et comme le pauvre Alex dans le film Orange Mécanique, nous étions horrifiés par ce que nos yeux nous montraient. Oui, c’était Tom Brady et Bill Belichick qui vendaient des jeunes garçons à des hommes riches, dans une camionnette et avec une porte coulissante, derrière la billetterie principale. Nom d’un bordel, cette hideuse image m’a instantanément donné l’envie de gerber! Mais jusqu’où ces malfrats dégénérés appartenant à l’Élite sont-ils prêts à descendre afin de subvenir à leurs besoins de reptiliens sociopathes?

Ignorant cette horrible scène et sur le bord de mon matelas, je suis revenu à moi et la réalité m’a frappé tel un plaqué illégal à la tête. Je suis tombé par terre brusquement, essayant probablement d’éviter d’être rudoyé par un énorme tueur de 300 livres. Et tout ce désordre dans cette pièce était pire que de regarder la déconfiture des Falcons contre les Patriots, en 2017. Peur et dégoût sur tout le long de ma colonne vertébrale… et jusqu’à ma médula.

Ma chute au plancher provoqua un véritable coup de fouet qui allait me tourmenter pour le reste de la nuit. Malheureusement, ni Jennifer Lopez, ni Shakira n’était là en tant que masseuse fournie par l’hôtel, et mon lit n’avait pas de traction vibrante intégrée. Au final, la douleur ne s’est jamais complètement dissipée.

Par contre, ce voyage avait fait sombrer le vulgaire phénomène Maroon Five (au Super Bowl) dans l’oubli. Et surtout, je pouvais enfin contempler la fin véridique de cette satanée dynastie des Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Oui, la concession de Robert Kraft, ce vieux Gripsou aux mains aussi baladeuses que ses talons de chèque, allait enfin retourner au paroxysme du substratum et rater les Séries Éliminatoires pour au moins vingt bonnes années.

Le rêve américain avait enfin repris le bon côté de son Vortex. Ne restait qu’à souhaiter que Jimmy Le Grec n’existait que dans mon esprit tordu. Et que mon REER n’allait pas terminer sur le bustier d’une groupie arborant un chandail de Tom Brady.

En conclusion, laissons le dernier mot à mon bon vieil ami Gino Odjick, ce fin philosophe :

« L’espoir stimule, la commotion cérébrale déplume, mais le Gonzo rallume. »

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3 semaines
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