Patriots : le meilleur est-il à venir ? | Vincent Filteau

Après une défaite humiliante de 34-10 face aux Titans du Tennessee lors de la semaine, les Patriots ont entrepris le retour du «bye week» avec une victoire de 27-13 contre leurs rivaux de division, les miséreux Jets de New York. Si personne ou presque ne s’attendait à une défaite des hommes de Bill Belichick, un match si âprement disputé ne semblait pas dans les astres non plus. Comme ils ont l’habitude de le faire contre des adversaires plus intimidants et talentueux, les Patriots se sont dirigés vers le vestiaire avec un compte égal au terme de la première demie. Et cela malgré le retour de Rob Gronkowski, lui qui avait la chance de disputer une rencontre avec Julian Edelman et Josh Gordon pour l’une des rares fois, cette saison.

 

En principe, tous les éléments étaient réunis pour que Tom Brady puisse établir une solide avance face à l’une des pires équipes de la NFL, dès le premier quart. Manque de coordination, quelques passes envoyées aux chevilles du porteur de ballon James White et une longue passe dangereusement adressée à Cordarelle Patterson dans la zone des buts auront plutôt caractérisé la journée de travail de Brady qui montre de plus en plus les signes d’un inéluctable déclin, l’une des principales raisons pour laquelle l’attaque des Patriots en arrache autant depuis le début de la campagne. Et cela malgré le touché spectaculaire de Rob Gronkowski pour égaler la marque au deuxième quart.

 

Si plusieurs éléments indiquent que l’offensive des Patriots ne devrait pas être le souci primordial de Bill Belichick, elle risque de trouver un rythme adéquat et une production plus constante d’ici le match le plus important de la saison contre les Steelers à la semaine 15, cela ne risque pas d’être suffisant pour les classer parmi l’élite de la NFL, ou même de l’AFC, alors que les Chiefs (n’en parlons même pas !), les Steelers, les Chargers et les Texans semblent avoir trouvé une meilleure cadence que l’unité dirigée par Tom Brady. Jusqu’à cette saison, les Patriots constituaient le point de référence par rapport aux autres équipes prétendantes. Il y avait eux et puis les autres. Maintenant, ils ont rejoint le clan des prétendants qui peuvent battre les puissances de la NFL, c’est-à-dire les Chiefs, les Saints ou les Rams. Au rythme où vont les choses, c’est-à-dire l’avancée déchaînée de Kansas City vers la pôle position de la Conférence américaine et l’avantage du terrain en séries éliminatoires par le fait même, les Patriots seront obligés de disputer la finale de conférence non seulement dans le stade le plus bruyant du circuit, mais dans un lieu qui est leur est historiquement fort hostile, le Arrowhead Stadium.

 

Et devinez quoi : malgré deux victoires sur la route cette saison – contre les Bears et les Bills –, on peut affirmer sans se méprendre que les stades adverses désavantagent sérieusement cette édition 2018 des Patriots qui peine à se trouver une identité. Leur seule chance de rédemption à ce chapitre se présentera à Pittsburgh, mais encore là, une victoire des Patriots là-bas pourrait être trompeuse, puisque les Steelers et Mike Tomlin semblent incapables de ne pas commettre des erreurs irréparables (facilement évitables), lorsqu’ils affrontent Bill Belichick et Tom Brady, cela malgré un alignement de papier toujours supérieur à celui des Patriots.

 

Si Tom Brady ne répond pas aux attentes qu’il a lui-même établies depuis presque 20 ans, il faut toutefois rappeler que le tendon d’Achille des Patriots demeure sa défensive morcelée, une mouture à peine différente de celle qui a coûté une sixième bague de championnat à Brady, en février dernier. Depuis au moins 5 saisons, les brigades défensives de Bill Belichick n’intimident plus personne. À défaut d’avoir mis la main sur un pass rusher digne de ce nom par les voies du repêchage, il se contente d’une défensive de type bend but don’t break, mal bâtie et vieillissante, qui concède en moyenne 300 verges depuis le départ de Chandler Jones et de Jamie Collins en décembre 2016, particulièrement depuis l’an dernier. Les quarts-arrières mobiles – comme Deshaun Watson, Cam Newton et, plus récemment, l’illustre Patrick Mahomes – demeurent le meilleur contrepoison au génie défensif de Bill Belichick, comme a pu le prouver Marcus Mariota, il y a deux semaines.

 

À ce titre, l’inaction de Bill Belichick lors des deux dernières date-limite des transactions est une grande source de frustration chez les partisans des Patriots qui déplorent souvent l’excès de confiance de Belichick le DG ou pire encore, sa radinerie. Alors que plusieurs rumeurs renvoyaient Jamie Collins au bercail ou même sous-entendaient la possible venue du linebacker Haason Reddick, déclaré ouvertement disponible par l’état-major des Cardinals de l’Arizona, depuis les premières semaines de la présente campagne. Un certain Dante Fowler Jr était même offert sur le marché des transactions. Ce sont plutôt les Rams de Los Angeles – en mode all-in pour le Super Bowl depuis la saison morte –  qui ont obtenu ses services. Belichick a probablement lâché un coup de fil à David Caldwell, le directeur général des Jaguars, mais on présume que le prix offert par son homologue de la Nouvelle-Angleterre était inférieur à celui concédé par les Rams – un simple choix de 4eronde.  Les Jags, on s’en doute également, préféraient catapulter Fowler JR loin de Foxborough et de l’AFC. Les DG de la NFL, sauf celui des Browns, se passent désormais le mot : de grâce, ne faites plus de cadeaux à Bill Belichick.

 

Cela dit, à quoi devons-nous nous attendre de la part de cette formation des Patriots qui accuse sérieusement d’un manque de talent en défensive et de constance à l’attaque ? Au Gillette Stadium, si tout le monde garde la santé, des victoires comme celles contre les Chiefs (43-40) et les Packers (31-17). Les Patriots seront toutefois confrontés à leur plus gros défi à la maison ce dimanche, alors qu’ils devront neutraliser l’attaque diversifiée des Vikings et tromper la vigilance d’une défensive – considérée comme l’une des plus redoutables sur papier –  qui reprend du poil de la bête après un début de saison périlleux. Sur la route, deux défis attendent les Patriots : les Steelers (comme mentionné plus haut) qui voudront assurément conjurer la malédiction de Belichick et le Hard Rock Stadium de Miami, où ils collectionnent les performances décevantes depuis plusieurs années.

 

Si les Patriots nous ont habitués à amorcer leur saison à partir du mois d’octobre, force est d’admettre que nous attendons encore qu’une telle chose se produise. Et à ce stade-ci du calendrier, tout porte à croire que nous avons déjà vu le meilleur de l’équipe cette saison. Reste à savoir s’ils pourront reproduire ces quelques épiphanies dans les situations les plus cruciales qui se dresseront devant eux au cours des prochaines semaines.

Texte également disponible sur Le Grand Club-RDS

Crédit photo : Boston Globe

 

Vincent Filteau est né à Saint-Jean-sur-Richelieu en 1991. Poète, essayiste et journaliste, il a publié dans plusieurs revues et collectifs, depuis une dizaine d’années. Il est (surtout) un passionné du sport.

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Written by Vincent Filteau

Vincent Filteau est né à Saint-Jean-sur-Richelieu en 1991. Poète, essayiste et journaliste, il a publié dans plusieurs revues et collectifs, depuis une dizaine d’années. Il est (surtout) un passionné du sport.

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