Prise de conscience : les rivaux de l’UFC méritent-ils plus d’attention en Amérique du Nord? Première partie

Avant de se lancer…

Vous avez peut-être remarqué qu’il manquait de couverture de l’UFC et de MMA en général lors des derniers jours. Ce n’est pas seulement vous, j’ai pris une pause d’écriture de trois semaines. Il ne s’agissait pas d’une passe difficile ou rien de personnel. Bien que j’aie un emploi le jour qui peut rendre hasardeuse ma constance de rédaction, le manque de temps n’est pas et n’a jamais été un problème. La raison de cette décision est simple : j’ai ressenti le besoin d’élargir mes horizons face à mes sujets d’articles, prendre du recul et analyser l’ensemble des éléments manquants qui pourraient donner du punch à mes articles. Peaufiner les aspects manquants à mes chroniques compte beaucoup dans ma quête d’être une source d’informations fiable pour vous, chers amateurs de MMA du Québec (et d’ailleurs?). Devenir le meilleur nécessite souvent un moment de recul pour analyser le terrain et ainsi prendre avantage de ses capacités. Puisque je regarde les galas de l’UFC depuis 2011, je me suis donc dit qu’il faudrait que je commence à m’intéresser plus à l’ensemble de la compétition et ainsi prendre le temps d’en connaitre davantage sur les ligues rivales.

Pendant cette période, j’ai regardé plusieurs événements différents, dont la carte du Grand Prix des Mi-Lourds chez l’organisation Bellator ainsi que les galas One Championship sur TNT 1 et 2, qui ont été présentés les 9, 7 et 14 avril derniers respectivement. Le temps mort m’a aussi permis de faire mes recherches sur ces organisations, leurs histoires, leurs champions présents et ceux du passé. Après plusieurs heures d’analyse, de plaisir (car il faut s’amuser au travers de tout ça) et de remue-méninges, je me suis demandé la question suivante : est-ce que les rivaux de l’UFC reçoivent l’attention qu’ils méritent en Amérique du Nord, berceau des arts martiaux mixtes modernes? Puisqu’il y a plus d’un gros joueur et que j’irai en profondeur, nous regarderons le tout cas par cas, un par un, et ce, à coup d’un rival par semaine. Analysons les un par un pour bien décortiquer la situation, en commençant par leurs rivaux les plus près en termes de revenus, qualités de combats et d’effectifs.

Bellator MMA

Les combattants

Ayant vu le jour en 2008, l’organisation Bellator MMA s’est démarquée ces dernières années par son calibre de combats et de la qualité des combattants qui forment l’effectif. Plusieurs combattants ayant eu du succès dans l’UFC ont changé de navire pour s’aligner sous l’aile de Scott Coker, président depuis 2014. On compte notamment l’ancien champion de lutte collégial américain Phil Davis, Ryan Bader, Yoel Romero, Anthony Johnson, Rory MacDonald, l’ancienne championne poids plumes de l’UFC Cris Cyborg et j’en passe. Alors que plusieurs s’amusent à dire que l’organisation ramasse les « déchêts » de l’UFC, je crois qu’il s’agit d’une super stratégie pour donner de la crédibilité à la ligue que plusieurs considèrent aussi comme étant la deuxième meilleure ligue d’arts martiaux mixtes au monde.

Rory MacDonald a été champion mi-moyens chez Bellator après son passage dans l’UFC

Bellator a aussi été en mesure de bâtir plusieurs de ses vedettes avant qu’ils ne soient champions ou prétendants. Des noms comme Ben Askren, Michael Chandler, Michael « Venom » Paige ou « MVP », Douglas Lima ainsi que les frères Freire sont des vedettes établies ayant fait leurs preuves dans l’organisation pour arriver où ils le sont aujourd’hui. Certes, le manque de couverture lors des premières années d’existence de l’organisation a ralenti les efforts marketing pour promouvoir les combattants sur une plus grande plateforme. Toutefois, depuis 2015, le circuit organise maintenant son horaire sous la même formule que l’UFC, c’est à dire un format quasi hebdomadaire le vendredi soir, permettant une meilleure visibilité.

Les revenus

Rivaliser avec une organisation déjà établie depuis 15 ans comme l’UFC peut s’avérer une tâche presque impossible dans un marché qui semble saturé et comme plusieurs autres, Bellator a eu son lot d’années dans le rouge financier. Mis sous la lumière en février 2020, John S. Nash du site internet Bloody Elbow rapportait que l’organisation a perdu plus de 100M$ américains entre 2010 et 2018. Jusque là, il était très difficile de trouver des informations à ce sujet puisque Scott Coker ne divulguait que très rarement des détails face au statut financier du circuit.

Revenus chez Bellator entre 2010 et 2020 (2019 et 2020 sont des estimations)

Malgré des années difficiles, Bellator a réussi le plus difficile en devenant une organisation rentable. Avant 2018, elle avant enregistré 21,4M$ en revenus tout en affichant des pertes totales de 14,7M$ lors de l’année 2014, le meilleur ratio revenus-pertes avant 2017. En estimation, la ligue affiche maintenant des chiffres de 8 et de 15M$ en gains nets dans ses coffres pour 2019 et 2020, sécurisant ainsi sa place parmi les gros joueurs en termes de circuit d’arts martiaux mixtes. Pourtant, le nombre de visionnements moyens par année est en déclin depuis 2015, passant de 745 000 visionnements moyens par gala en 2015 à seulement 324 000 en 2019.

C’est que Bellator a réussi à sécuriser les partenariats nécessaires pour acquérir des revenus de télévision beaucoup plus élevés. Viacom, la compagnie appartenant les actions majoritaires du circuit, ne présentait que les combats sur ses plateformes américaines, soit MTV2 et Spike avant 2013. Depuis, ils ont signé d’importants contrats de diffusion notamment avec le service de diffusion sportive DAZN, Showtime, CBS Sports et ESPN Brésil pour l’Amérique du Sud. Le partenariat avec DAZN à lui seul garantissait aux alentours de 35M$ par année entre 2018 et 2023, ce qui a presque fait doubler à lui seul les revenus bruts de l’organisation pour ainsi la rendre profitable à moyen et long terme. Il est à noter que les revenus alloués aux payes des combattants sont d’environ 50% du chiffre annuel, contrairement à l’UFC où l’on spécule que seulement 20% des revenus bruts sont dirigés vers ses athlètes.

Grâce à ces revenus montants, les payes des combattants sont devenues plus grasses, leurrant ainsi certains athlètes de l’UFC mécontents de leurs bourses vers les pâturages signés Bellator. Ce qui nous amène au troisième et dernier point à analyser, soit la qualité des combats présentés.

La qualité des galas/combats

Récemment, j’écoutais le podcast « You’re Welcome » de l’ancien combattant Chael Sonnen et il expliquait la différence primaire entre Dana White et Scott Coker. Lorsque White cherche à mettre un combat sur pied, le premier mot qui lui vient en tête est « intéressant ». Si sur papier le combat semble intéressant aux yeux des fans et aux yeux de ses employés, il sera plus qu’enclin à le matérialiser. Pour Coker, c’est le mot « amusant » qu’il cherche le plus. Si un combat est proposé, aux yeux des fans et des combattants, c’est un combat amusant à regarder et à mettre sur pied qu’il essaiera de mettre sur une carte de combat.

Bellator mise beaucoup sur ses rivalités lors des galas. Le format Grand Prix, où les huit meilleurs combattants par divisions s’affrontent dans un tournoi à mort subite pour tenter de remporter le prix d’un million de dollars, fait en sorte que plusieurs des meilleurs talents de l’organisation croisent le fer un contre l’autre et donnent naissance à des rivalités de haut niveau.

On a qu’à penser aux rivalités entretenues par le nouveau prétendant poids léger de l’UFC Michael Chandler. Ses guerres contre Benson Henderson ainsi qu’avec Patricio « Pitbull » étaient électrisantes et mettent à la lumière la qualité des combattants et du spectacle qu’ils offrent aux fans. Ou encore le combat entre Chael Sonnen et Tito Ortiz en 2018, une rivalité de longue date qui méritait une date sur le calendrier Bellator. Ce genre de combat est primordial selon Coker et je suis d’accord. Bien que des fois le calibre peut être moins bien réparti entre les deux athlètes, un bon spectacle entre deux rivaux est bien quelque chose d’hypnotisant et amusant pour l’auditeur.

Michael Chandler fait son entrée dans la cage lors d’un gala Bellator

En ce qui concerne les galas, la mise en scène est super. Misant sur une entrée qui s’apparente à la lutte professionnelle et au ONE Championship, Bellator mise sur un tapis rouge et des artifices pour faire entrer ses combattants dans la cage. Mettre l’emphase sur le spectacle comme cela les aide à se démarquer de l’UFC, où les entrées des combattants sont plus ternes et traditionnelles.

Verdict?

Je pense que Bellator mérite mieux que ce qu’elle affiche en termes de popularité. Il y a selon moi une grande quantité de combattants intéressants à regarder qui n’ont simplement pas eu la chance d’avoir la visibilité pour accéder au statut de vedette mondiale à la Conor McGregor par exemple.

L’organisation a par contre sa part de responsabilité quant aux cotes d’écoute. Les contrats télévisuels sont présents ainsi que la présence des réseaux sociaux aussi (Bellator diffuse ses combats de sous-cartes sur Instagram et Youtube). Coker devrait donc songer à une stratégie marketing plus avancée afin de s’assurer d’une plus grande part du marché.

 

Crédits photos : Sportsnet, BloodyElbow, Rory MacDonald Twitter, FightShop.com

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8 mois
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