Le grand cirque du NASCAR est de retour | Charles Bussières-Hamel

Pour les amateurs de « stock-car » le Super Bowl ne signifie pas la trêve du football, il leur rappelle qu’il ne reste que deux semaines avant que les moteurs ne rugissent à nouveau.

En effet, c’est le 19 février que les voitures de la série Monster Energy de NASCAR s’élanceront pour un marathon de 36 courses les menant aux quatre coins des Etats-Unis. En NASCAR, on fait les choses différemment. Plutôt que de terminer la saison avec l’événement phare, on débute la saison avec la course la plus prestigieuse : le Daytona 500.

En prévision de la mythique course et de la saison, La Première Ronde vous propose une série de deux articles relatant les principaux changements et ce qui sera à surveiller en 2018. Le présent texte aborde la course pré-saison, le processus de qualification pour le Daytona 500 et les principaux changements techniques apportés aux voitures et dans les puits de ravitaillement. Le deuxième, à venir plus tard cette semaine, met la table pour la première course de la saison ainsi que sur la valse des pilotes.

Advance Auto Parts Clash

Les activités ont débuté dimanche dernier par un bel après-midi ensoleillé typique de la Floride. Le Clash, une initiative marketing à la base, est une course pré-saison de 75 tours pour les plus méritant. Vingt pilotes ont obtenu leur laissez-passer en respectant un des critères suivants :
– Pôle position lors d’une des course de 2017 (14)
– Pôle position lors d’un Daytona 500 (3)
– Participation aux éliminatoires en 2017 (3)
* À noter que les pilotes devaient avoir participé à toute la saison 2017 pour être admissible.

Sur les vingt pilotes, dix-sept ont pris l’option d’y participer, les trois absents : Dale Earnhardt Jr, Danica Patrick et Matt Kenseth. Earnhardt Jr est à la retraite et s’est joint à l’équipe de diffusion de NBC qui présente les épreuves de la deuxième moitié de la saison. Danica Patrick de son côté est en semi-retraite, elle participera à deux épreuves cette année soit le Daytona 500 et le Indy 500 en Indycar. Le financement de son commanditaire GoDaddy ne lui permet pas de prendre le départ. Pour Matt Kenseth, il n’est pas officiellement retraité mais n’a pas de volant pour la saison 2018.

Placer la voiture sur la piste coûte une fortune pour une équipe de NASCAR, alors pourquoi participer au Clash quand cette course ne rapporte aucun point au championnat et aucun privilège pour la saison à venir? Dans la perspective où les essais privés sont restreints et qu’il y a eu des changements techniques, il s’agit d’une belle occasion pour amasser des données en vue de la saison en accumulant quelques tours de pistes. L’aspect monétaire représente aussi un incitatif car on octroie des bourses aux meilleures performances. Pour les commanditaires, il s’agit d’une occasion de se faire voir par plusieurs millions de téléspectateurs.

C’est Brad Keselowski qui a reçu le drapeau à damiers au terme des 75 tours dans une course peu mouvementée. Les Penske ont affiché leurs couleurs, les voitures #22 de Joey Logano et la #12 de Ryan Blaney sont restées à l’avant du peloton en deuxième moitié de course pour prendre respectivement les deuxième et quatrième rang. L’écurie a placé ses trois voitures dans le top-5. Kurt Busch a pris le troisième rang pour compléter le podium. Les Ford ont démontré qu’encore cette année elles seront à surveiller sur les super-ovales en s’accaparant les quatre premières positions. Rappelons que Ford a remporté les quatre épreuves sur les pistes à plaques de restriction l’an dernier.

Changements techniques en 2018

Le derrière baissé

NASCAR a abolit la hauteur minimum à respecter à l’arrière de la voiture afin que le déflecteur ait plus d’impact sur la tenue de route. En abaissant l’arrière, il y aura moins d’appui aérodynamique donc plus de vitesse mais une plus grande instabilité en contrepartie. Il y aura plus d’emphase sur les habiletés de pilotage.

Dans un optique de diminution des coûts et de niveler les chances en tentant de rendre les petites équipes plus compétitives, NASCAR impose quelques pièces standardisées. La bavette avant, le déflecteur arrière, les radiateurs à l’huile et à l’eau ainsi que les ventilateurs de freins seront fournis par la série. Toutes les voitures seront aussi munies d’une caméra intérieure qui ajoutera au côté spectaculaire de la diffusion télévisuelle.

Moins de bras pour le service

Le deuxième changement majeur, le plus intriguant, ne touche pas directement la voiture mais influencera grandement le résultat des courses. NASCAR impose aux équipes de recourir à seulement cinq hommes dans les puits pour effectuer les changements de pneus et les ravitaillements. Depuis 2011, six équipiers s’affairaient à cette tâche. Deux s’occupaient de changer les pneus, deux les transportaient, un avait la responsabilité du cric et le dernier de mettre le carburant. Avec le nouveau règlement, la personne qui doit ajouter du carburant ne peut effectuer aucune autre tâche. Pendant les arrêts dimanche, la plupart ont opté pour qu’un seul homme transporte deux pneus.

L’équipe de Kurt Busch a été la plus rapide avec la nouvelle formule d’arrêt aux puits.

Ce changement ralentit grandement le processus, les meilleurs y arrivaient en moins de douze secondes en 2017. En cette première fin de semaine, on a crédité l’équipe de Kurt Busch de chez Stewart-Hass Racing à 16,9 secondes.

NASCAR souhaite se vendre comme un sport d’équipe et la réduction du personnel mettra encore plus d’emphase sur les équipiers. Ce sont d’excellents athlètes dont plusieurs ont joué au football dans la NCAA. D’ailleurs plusieurs écuries ont aménagé des gymnases dans leurs garages et ont embauché des préparateurs physiques et des nutritionnistes pour les encadrer. Il ne faudrait pas se surprendre de voir des temps beaucoup plus rapide en fin de saison. On aura consacré du temps à étudier les bandes vidéos et à apporter des ajustements à cette chorégraphie.

Les champions des arrêts aux puits l’an dernier furent les quatres équipes de chez Joe Gibbs Racing. Régulièrement on les a vu frôler les 10 secondes. Certains ont eu des suspicions sur l’équipement en entendant le bruit des fusils servant à visser et dévisser les écrous des pneus, comme si on y avait installé un turbo. Une équipe avec autant de moyens peut se permettre de développer ce genre de technologie. Encore une fois, dans l’objectif de diminuer les coûts, NASCAR fournira les fusils et les boyaux d’alimentation à l’ensemble du plateau.

D’un aspect plus esthétique et marketing, Chevrolet a abandonné la SS pour la Camaro ZL1. Les constructeurs sont limités sur ce qu’ils peuvent faire avec le design de la carrosserie. Peu importe la marque, ce sont surtout les décalques et la peinture qui les différencient car les « boîtes » en elles-mêmes sont similaires. On dit que l’on a tout de même réussi à améliorer l’aérodynamisme avec ce nouveau modèle. Esthétiquement, la Camaro ZL1 est certainement plus agréable à regarder.

Inspection technique : plus de tricherie

Avant chaque épreuve, les voitures doivent passer l’inspection technique pour s’assurer qu’elles respectent les normes. Auparavant on utilisait des gabarits, des rubans à mesurer et quelques autres outils pour vérifier la conformité des bolides. Cette époque quelque peu archaïque est révolue. L’automobile doit passer dans une pièce noire où une série de caméras infrarouges la numérise et la modélise. L’efficacité du processus s’améliore et surtout s’accélère. L’opération ne requiert que quelques minutes.

Plus de temps pour réparer

En 2017, NASCAR n’autorisait plus les équipes à amener les voitures dans les garages après un accident dans le but de les réparer et de les ramener en piste. Cette pratique remettait en cause la sécurité des pilotes car à l’occasion on croyait voir des épaves rouler. Les équipes avaient droit à cinq minutes dans la ligne des puits pour effectuer des réparations mineures. Cette limite est maintenant de six au cours desquelles cinq mécaniciens pourront y travailler. Il faut se demander jusqu’à quel point les modifications effectuées sont efficaces car les hommes de puits utilisent des outils très sophistiqués tels que le bâton de baseball, la masse, le maillet et le Tuck Tape (!!!).

Comment rendre une procédure simple complexe

Alex Bowman a la lourde tâche de remplacer Dale Earnhardt Jr dans la #88. Il débute sur les chapeaux de roue en signant la pôle au Daytona 500.

La course la plus prestigieuse de la saison mérite un processus de qualification différent. Dimanche dernier, le 11 février, on a tenu une séance de qualification « typique » qui a servi à déterminer les deux premières positions au départ du Daytona 500. Le remplaçant de Dale Earnhardt Jr dans la #88, Alex Bowman, a signé la pôle suivi de Denny Hamlin.

Le 15 février en soirée, NASCAR tiendra deux courses de 60 tours appelées les duels Can-Am. Dans les dernières années, cette soirée avait de grandes implications pour plusieurs pilotes car seulement quarante d’entre eux pouvaient prendre le départ. Il n’était pas rare d’en voir près de cinquante tenter leur chance. Pour cette édition, quarante équipes se sont inscrites. Elles sont toutes assurées de s’élancer dimanche après-midi.

Le premier duel inclut les pilotes ayant réalisé les temps impairs en qualification et sert à déterminer les positions impaires de 1 à 39 qui s’élanceront sur la ligne intérieure. Bowman est assuré de la pôle peu importe son classement mais doit compléter la course. Le deuxième détermine les positions paires qui prendront le départ dimanche sur la ligne extérieure. Hamlin est aussi assurée de partir de la première ligne si il complète l’épreuve.

Les dix premiers de chaque duel obtiendront des points bonis au classement de la saison régulière soit dix au premier, neuf au deuxième et ainsi de suite. Il s’agit d’un incitatif supplémentaire et soyez assurés que l’on risque de se frotter les ailes avec quatre ou cinq tours à faire.

Les courses sur les super-ovales sont toujours spectaculaires, les voitures roulent en peloton très serré. À certains moments, les pilotes se collent tellement près de leurs adversaires que l’on a l’impression que l’on ne passerait pas une feuille de papier entre les pare-chocs. Une fausse manoeuvre entraîne régulièrement de spectaculaires accidents. Si vous jetez un oeil à la course, la télévision a tendance à diminuer l’impression de vitesse. Rappelez-vous que l’action se déroule à plus de 300km/hr!

 

L’utilisation des marques de commerce dans ce texte ne représente aucunement des publicités pour les compagnies. Cela fait parti du décorum du NASCAR. Par ailleurs, pour l’amateur de sports qui ne suit pas régulièrement la série, l’utilisation des marques rend l’identification des voitures plus facile.

 

Crédit photo : Fan Sided / Hendrick Motorsport / Motorsport

Publié
8 mois
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Course automobile
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