Prise de conscience : les rivaux de l’UFC méritent-ils plus d’attention en Amérique du Nord? Deuxième partie

Un rival de l’UFC âgé de dix ans sera la tête d’affiche aujourd’hui. Parcourant l’Asie comme terre promise, elle a déjà accueilli 163 galas en tant qu’organisation, dont le dernier il y a seulement deux jours. Fondée au Singapour en 2011 par Victor Cui et Chatri Sityodtong, ONE FC est l’une des ligues de MMA les plus captivantes des dernières années.

Une affiche promotionnelle de ONE de la saison 2017

Il sera encore question d’analyser la qualité de l’effectif de l’organisation, la qualité du spectacle/combats ainsi qu’annoter les différents partenariats et sources de revenus de l’organisation. Le but de tout cela est de pouvoir déterminer si ONE FC est un circuit de MMA qui mériterait plus d’attention en Amérique du Nord. Avant de se lancer par contre, revenons brièvement sur l’article de la semaine dernière…

En rappel

Une semaine a passé depuis la première partie de cette série d’articles sur les organisations rivales à l’UFC, qui a été entamé par un portrait de Bellator MMA, la deuxième ligue d’arts martiaux mixtes au monde selon l’avis de plusieurs. Depuis la parution de celui-ci, on a pu assister au gala Bellator 257, qui a eu lieu le soir même.

J’ai alors été curieux et sur un coup de tête, je l’ai visionné dès le début des combats préliminaires. J’ai alors pu constater que l’action était de très haut calibre du début à la fin et au final, l’intensité dans les rounds a été au rendez-vous tout au long de la soirée.

Le champion mi-lourds Vadim Nemkov a défendu sa ceinture lors d’un combat principal extrêmement serré du Grand Prix des mi-lourds et l’on a pu voir de jeunes talents prouver leurs savoir-faire tout au long de la carte.

Cela est venu mettre un point d’exclamation à cette première analyse : le spectacle lancé par Bellator se mesure à celui de toutes les organisations MMA de haut niveau à travers le monde et selon moi, ils n’ont rien à envier à l’UFC.

Maintenant, place au ONE FC, l’organisation de MMA la plus populaire en Asie.

L’organisation

ONE Championship a été fondée en 2011 avec un but en tête : devenir l’organisation de MMA principale en Asie. 163 galas plus tard, pouvons-nous conclure que c’est mission accompli?

Le PDG Chatri Sityodtong rapportait en février que One FC allait franchir le cap des six milliards de visionnements de ses galas, après n’en avoir eu que 150 000 en 2016, ce qui représente un énorme bond. En effet, depuis 2018, Turner Sports s’est associé à l’organisation pour présenter les combats sur sa plateforme américaine, TNT.

Cela comprend les événements en direct ainsi que 12h de reprises vidéos d’anciens combats par mois. 90 millions d’Américains ont pu voir de quoi One FC se chauffe et cela a beaucoup aidé à faire grandir le circuit ainsi qu’à garnir ses coffres du même coup.

Cependant, le circuit totalise de grandes pertes (131M$ américains en 2019 et 82M$ en 2018) et ce, même si les revenus ont doublé entre ces deux années (62M$ contre 37M$ en 2018). C’est que One investit beaucoup pour permettre à ses combattants d’avoir de la visibilité et ainsi, prend beaucoup de son argent pour le diriger vers les dépenses marketing. En 2019, ces dépenses dépassaient les revenus totaux comptabilisés par ONE de 10M$!

Il s’agit là d’une impasse on dirait, car depuis 2017, Sityodtong passe le message que l’organisation est à deux doigts de devenir profitable. C’est sur que pour faire de l’argent, il faut en dépenser avant. Nous entendons ce dicton quotidiennement lorsqu’on se lance en entreprise. Par contre, lorsque les chiffres montent, mais que les pertes montent équivalemment, il est signe que le modèle d’entreprise n’est peut-être pas aussi efficace que l’on ne le pense.

Je n’ai cependant pas de doutes que ONE pourra remonter la pente, car leurs combats sont sensationnels pour ne pas dire moins!

Les combats/qualité du spectacle

ONE FC utilise aussi une entrée en scène à la sauce de la WWE, un peu comme le fait aussi Bellator. Des artifices, un tapis rouge, un gros écran braquant toutes les lumières sur celui ou celle qui fait son entrée. La cage utilisée ressemble aussi à l’UFC. Par contre, l’organisation tient aussi des combats de kickboxing et de muy thai, avec des classements officiels comme ceux tenus par toutes les ligues de MMA tel l’UFC.

Je trouve cela ingénieux, car c’est ce genre d’expansion qui fait en sorte qu’une ligue de combats plus « mainstream » fait grandir le sport. En plus du fait que ONE dépense beaucoup d’argent en marketing, ces combats de kickbox et de muy thaï ont maintenant beaucoup de fans et sont maintenant présentés sur les cartes principales dans des galas de championnats.

Si vous n’êtes pas convaincus, allez faire une recherche Youtube du combattant Rodtang Jitmuangnon. Il est le champion muy thaï des poids mouches de l’organisation et donne tout un spectacle, ce qui m’amène à confirmer la qualité des combats dans ONE.

Très souvent, ces combats se terminent par un K.O ou une soumission pour rendre les galas palpitants. Bien que certains n’approuvent pas des règlements utilisés par le circuit (je couvrirai le sujet en dernier lieu), je n’ai toujours pas vu ou pris conscience d’une blessure mortelle dans l’arène. De plus, jamais je n’ai encore vu une carte de combats ennuyante de l’organisation et je peux même voir des noms que je reconnais lors de mes visionnements.

Les combattants

Tout récemment, j’ai aperçu l’ancien 2e aspirant des poids coqs de l’UFC John Lineker être la tête d’affiche de l’un des galas ONE et je me suis dit « Mais il était bon lui, il aurait pu rester dans l’UFC non? ». Plusieurs anciens de l’organisation de Dana White sont bels et biens expatriés en Asie pour continuer leurs carrières. Des vétérans comme Brandon Vera, Eddie Alvarez, Demetrious Johnson et Vitor Belfort sont tous des athlètes qui ont fait leurs preuves dans l’UFC avant de se diriger vers ONE.

Eddie Alvarez était champions des poids légers de l’UFC en 2016

Cependant, plusieurs combattants dont nous n’avons pas entendu parler font des ravages dans la cage. Le Canadien Christian Lee, champion des poids léger, est même devenu en 2019 le plus jeune champion d’arts martiaux mixtes masculin de l’histoire à 20 ans. Jon Jones venait de disputer son premier combat dans l’UFC à cet âge-la!

Les Reece Mclaren, Adriano Moraes (champion poids mouches), Timofey Nastyukhin et plusieurs autres vedettes de l’organisation sont tous des combattants à aller voir si vous avez du temps libre. De plus, ONE FC rend le visionnement de ses anciens galas accessible à tous via leur compte Youtube, gratuitement. Très bon pour ceux qui veulent en apprendre plus sur l’organisation.

Des règlements différents

ONE Championship utilise des variants de règlements de la défunte organisation de MMA japonaise Pride FC. Cela veut dire que l’un peu donner des coups de genou à la tête d’un adversaire qui applique trois points de contact et plus avec le sol, a le droit de piétiner l’adversaire partout sur son corps (sauf la tête contrairement au Pride), mais n’a pas le droit de donner le fameux coup de pied de style soccer au visage d’un adversaire qui se trouve par terre. Une chance, car le Pride FC était reconnu pour être l’un des circuits les plus violents qui n’aie jamais existé.

Cela peut permettre à un combattant une plus grande liberté et fluidité de combat selon moi. ONE FC procure beaucoup de K.O grâce à cela et c’est exactement ce que le PDG Sityodtong voulait avoir, un spectacle qui n’est jamais aussi morne que certains des combats de l’UFC où l’on sent que les athlètes ne prennent pas beaucoup de risques.

Verdict

ONE FC a dépassé l’UFC en popularité en Asie, ce qui en fait l’organisation de MMA primaire pour près de 3 milliards d’êtres humains là-bas. En Amérique du Nord, elle commence à s’imposer contre le circuit béhémoth de Dana White et malgré le fait qu’elle soit exposée à 90 millions de nord-américains, je ne sens pas qu’elle reçoit le respect qu’elle mérite.

Les galas ONE méritent plus d’attention. Çi-haut, un gala en 2018

Si la situation financière s’améliore, ONE pourrait vraiment s’approprier une grosse part du marché nord-américain, car tout ce qui est tangible de l’organisation (spectacle, qualité des combats, effectifs) tiens la route et est unique en son genre. Les pertes énormes sont vraisemblablement toutes dues aux efforts marketing, alors je crois que dès que la stratégie sera moins coûteuse et aussi efficace, ONE pourra vraiment prendre son envol en Amérique du Nord.

La semaine prochaine, il sera question d’un nouveau joueur, innovateur et rafraichissant qui offre une qualité de présentation et de combat à couper le souffle. On se reparle la semaine prochaine!

 

Crédits photos : BloodyElbow, ONE Championship, SkySports, Getty Images

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