La MLS, une ligue complexe et unique / Johnatan Paré

Depuis le début de saison de la MLS, j’entends plusieurs personnes qui ne comprennent pas les règlements en vigueur et tous les détails des contrats des joueurs dans la ligue. Je vais tenter de vous éclairer le plus possible, car il est vrai que la MLS est une ligue complexe.

Salaires

Zlatan Ibrahimovic, du LA Galaxy

Tout d’abord, parlons des salaires. La question m’a souvent été posée et qui paie les salaires au final? Dans la MLS, ce ne sont pas les franchises qui paient les salaires des joueurs, mais la Ligue elle-même. Elle travaille ainsi en étroite collaboration avec le MLS Player Department sur les transferts et les contrats. Donc ce qui veut dire que la ligue veut s’assurer de la bonne gestion de la ligue. Exemple, si un propriétaire veut investir des millions sur un joueur alors que les autres ne le veulent pas parce qu’ils considèrent que c’est une folie, ça ne passera pas. Le contrat ne sera donc pas validé. La MLS veut s’assurer ainsi à ce qu’il n’y ait pas de concurrence entre deux franchises sur le marché des transferts dans un but précis, celui de ne pas faire exploser les salaires et que les enchères augmentent. Si la MLS et son département des joueurs ont leur mot de la fin sur chaque transfert, cela n’interdit pas aux propriétaires des franchises de négocier avec les joueurs. Cela vient à parler du plafond salarial imposé par la ligue aux différentes équipes.

Allocation ciblée et générale

J’en viens à expliquer l’importance de « l’allocation ciblée et l’allocation générale ». On entend parfois dire qu’un joueur a été échangé contre de l’allocation générale ou ciblée, ou dans le cas de l’acquisition d’un joueur.

Pour favoriser certaines décisions de quelques équipes, la ligue permet aux équipes de signer des joueurs et de ne mettre qu’une partie de leur salaire sur la masse salariale. C’est donc dire qu’un joueur payé 6 millions peut ne compter que pour 350 000 $ sur la masse salariale.

Fait très important à noter et comprendre. Chaque équipe reçoit un nombre égal de cet argent en début de saison, par exemple : 150 000 $ d’allocation générale et 180 000 $ d’allocation ciblée. Certaines équipes en reçoivent plus dépendant de plusieurs facteurs comme ; si l’équipe n’a pas fait les séries l’année dernière, la qualification pour la ligue des champions de la CONCACAF, la vente du contrat d’un joueur à une ligue étrangère, etc.

Comme mentionné plus haut, c’est ce qui m’amène à parler des deux types d’allocations offerts aux équipes. L’allocation ciblée et générale.

Pour l’allocation ciblée, cet argent peut servir à payer les frais de transfert d’un joueur acheté à l’étranger ou de descendre le salaire d’un joueur déjà sous contrat pour ne pas qu’il prenne le statut de joueur désigné, dont la limite est fixée à trois par équipe.

Dans le cas de l’allocation générale, le portrait est un peu différent. Pour celle-ci, l’argent peut être utilisé pour « manœuvrer » avec le salaire des joueurs et le plafond salarial, donc ça peut donc servir à descendre le salaire d’un joueur question de respecter le plafond salarial. Un joueur gagnant par exemple 250 000 $ par année pourrait ne compter que pour 100 000 $ sous le plafond avec les 150 000 $ d’allocation général utilisés sur son salaire.

Finalement, tout argent d’allocation non utilisé ou non transigé retourne à la MLS à la fin de chaque saison.

Génération Adidas et jeunes joueurs 

La ligue a également décidé d’encourager les équipes à développer les jeunes joueurs et de signer les joueurs sortant des académies. Elle a mis en place la « Génération Adidas », programme grâce auquel chaque année, une poignée des meilleurs joueurs des universités qui n’en sont pas encore à leur dernière année d’études et des meilleurs joueurs des équipes nationales d’âge sont engagés par la ligue et placés dans le SuperDraft. De plus, les joueurs qui sont formés dans les clubs, par exemple l’Impact qui signe un jeune joueur de son académie, il peut signer un contrat MLS avec l’équipe première de l’équipe sans passer par le SuperDraft de la MLS à condition qu’il ait été inscrit à l’école de jeunes du club pendant au moins un an et a rempli les conditions d’entraînement et de présence requises.

Les suspensions

Wandrille Lefèvre

Le processus est le même que dans les autres sports professionnels à savoir que la ligue contrôle et prend les décisions concernant les suspensions des joueurs. Un fait à noter cependant, c’est qu’il y a une différence entre les autres sports et la MLS concernant les joueurs suspendus par leur propre club. Prenons par exemple la situation entre l’Impact de Montréal et le défenseur franco-canadien Wandrille Lefèvre. Il n’est plus dans l’entourage de l’équipe depuis l’an passé, suite à un tweet controversé. L’Impact a alors décidé de l’écarter de l’équipe et de le suspendre sans salaire. Sauf que la MLS a droit de regard sur les suspensions accordées aux joueurs par les équipes et Lefèvre en a profité pour contester la sanction auprès de la ligue via le MLS Player Department qui a déposé un grief contre l’Impact alléguant que la ligue n’avait pas sanctionné le joueur pour l’action de ce dernier et que l’équipe, en choisissant de le faire, contrevenait au règlement de la ligue. L’équipe ne peut pas sanctionner un joueur pour un motif déraisonnable ou sans fondement.

Donc l’Impact a dû modifier la suspension en permettant à Lefèvre de toucher son plein salaire en étant à la maison et d’ajouter la mention « suspension d’une durée indéterminée » à celui-ci pour se conformer à la réglementation. Les équipes doivent faire attention lorsqu’ils veulent prendre ce genre de décisions pour ne pas créer de la bisbille entre les dirigeants, la ligue, le comité de discipline de la ligue et les joueurs.

La formation des arbitres

Il est impératif pour les gens de comprendre le fonctionnement de la formation des arbitres dans la MLS. Je crois qu’il faut en parler puisque les matchs disputés depuis le début de la saison n’ont pas manqué de susciter la controverse dans plusieurs de ceux-ci. Le problème est que la MLS n’a pas de contrôle sur ses arbitres et c’est un gros problème. Lors de la grève des arbitres de la NFL il y a quelques années, les officiels de remplacements lors des matchs n’étaient pas habitués et on a donc assisté à plusieurs fiascos en ce sens. La LNH, la NBA, la NFL, la MLB forment tous les arbitres sous leur réglementation et selon les exigences de la ligue en question.

Pro Group : Professionnal Referee Organization

Dans la MLS, le grand problème c’est que la gestion de l’arbitrage et la formation des officiels est confiée à une organisation qui fait ses propres règles et même le commissaire de la MLS, Don Garber, n’a même pas de pouvoir envers ceux-ci. C’est une firme engagée par la ligue pour gérer l’arbitrage et donc Garber n’a pas de pouvoir décisionnel envers les arbitres et les règlements en place. La direction de l’organisation « Groupe PRO » si vous aimez mieux la « Professionnal Referee Organization » est assurée par Howard Webb depuis cette année qui est chargée de réparer les pots cassés en quelque sorte. Nous avons vu cette année que l’entraîneur-chef de l’Impact Rémi Garde a eu maille à partir avec les arbitres, mais il n’est pas le seul. Le gros problème est que l’application des règlements est laissée à la discrétion chaque arbitre et ceux-ci ne l’appliquent pas tous de la même façon. C’est pourquoi on assiste à plusieurs décisions différentes de parties en partie selon les mêmes situations de jeux.

C’est très irritant pour les entraîneurs, mais surtout pour les joueurs. On se rappelle que Didier Drogba avait dénoncé « l’incompétence » des arbitres lors de son passage dans la ligue avec l’Impact. Dans cette organisation, plusieurs arbitres proviennent de plusieurs championnats et sont de nationalités différentes donc il n’est pas surprenant de voir qu’un arbitre sud-américain qui est en charge d’un match de la MLS peut parfois interpréter les règlements à sa façon. Voilà pourquoi le match d’après, un autre arbitre canadien par exemple, selon une décision prise par l’officiel auparavant, ne prendra pas la même décision.

Howard Webb, directeur de l’arbitrage en MLS

Heureusement, les arbitres sont maintenant aidés par la reprise vidéo qui était en demande dans la ligue depuis un bout. Les ligues européennes avaient déjà cette technologie et la MLS l’a maintenant instaurée, au grand bénéfice de certaines équipes et les partisans également. Par contre, une chose spéciale et controversée concernant cette procédure est le fait qu’un arbitre qui décerne un carton jaune à un joueur pour une infraction peut changer sa décision via la consultation à la reprise vidéo et pouvoir lui octroyer un carton rouge par la suite. Donc il ne peut arriver à une sanction moindre. Il doit, soit de garder la même décision, soit la rendre plus sévère. C’est un peu spécial comme façon de faire.

Contrairement à d’autres ligues où les entraîneurs peuvent contester les décisions exemple sur un but ou sur une décision qui a été rendue ou qui n’a pas été rendue, ceux en MLS ne peuvent demander à l’arbitre de le faire. L’officiel doit le faire selon la demande de l’officiel vidéo ou de son initiative personnelle. C’est pourquoi c’est très frustrant parfois en regardant les matchs à la télévision surtout quand une action est flagrante.

En conclusion de ce long billet, j’espère vous avoir mieux informé sur la MLS qui est une ligue en pleine expansion, mais qui regorge de règlements étranges sortants de l’ordinaire. C’est ce qui rend la ligue unique auprès des marchés européens.

Alors voilà pourquoi l’Impact ne peut pas faire ce qu’il veut lorsque vient le temps, entre autres, d’embaucher et d’accorder des contrats à des joueurs.

Espérons qu’avec l’argent récolté lors du dernier SuperDraft, l’Impact sera en mesure d’aller chercher du renfort important pour aider l’équipe dans un avenir rapproché.

 

Johnatan Paré

Publié
4 mois
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